mardi 9 février 2010

Saucisse de Murtaugh

Et voilà, cinq jours passés à avoir des idées de posts, et à les repousser les unes après les autres. Trop déprimant (et oui, c'est un critère, on dirait pas comme ça), trop foot, trop PSG, trop loin de l'ordi... enfin j'avais toujours une bonne raison.

Et puis aujourd'hui je me suis tapé l'épisode 419 de "How I met your mother", excellente série que j'ai découvert récemment. Un série à laquelle je reprochais, du moins durant la première saison et une bonne partie de la seconde, de pomper un peu très généreusement dans les scripts de ma feu série-préférée-d'il-y-a-10-ans-qui-m'a-fait-rencontrer-tous-mes-amis-ou-presque, j'ai nommé Friends, bien sûr. Certes, il manque une fille, pour le reste ce sont des presque trentenaires à New York qui galère pour construire leurs vies. Y a un timide pas très viril genre Ross (Marshall - ou Ted), un marrant genre Chandler qui aurait fusionné avec Joey (Barney, un phénomène)... les filles ressemblent moins, pas de Phoebe (malheureusement, oserais-je dire, elle me manque), ni Rachel (Stella, la 3e fille ?) et pas de Monica, Dieu merci, je loue ton nom seigneur.







Barney Stinson video CV

Depuis presque trois saisons, ça s'est heureusement amélioré : une mécanique de flashbacks redoutablement drôles, des scénarios savoureux et des personnages qui s'affinent de plus en plus. Au début, j'avais du mal à croire que ces cinq là puissent être amis. Mais en même temps, dans ma propre bande d'amis on ne se ressemble pas non plus, et ça fonctionne, tant bien que mal :p

Donc aujourd'hui, pouf, 419 de HIMYM (c'est plus court), et pouf, idée de post. Dans cet excellent épisode, Ted, le héros et narrateur furieusement en quête d'un mariage et d'une progéniture (étrange garçon) nous sort la "Murtaugh list". Une liste inspirée par le personnage du lieutenant Roger Murtaugh de la série des Armes Fatales, qui se plaint tout le temps qu'il est "trop vieux pour ces c... trucs". Elle égraine tous ce qu'on n'est plus censés faire quand on a passé la trentaine. Et comme je vais bientôt fêter dans un délire incommensurable mes 3# ans, je me suis demandé si j'étais concerné par cette liste, dans un sens ou un autre. Le bilan est mitigé, a priori.








Faire une nuit blanche
: A une époque, j'y arrivais sans problème. Je pense que j'y arriverais encore aujourd'hui. Par contre, je mettrais une semaine à m'en remettre.

Se faire percer une oreille
: Plutôt mourir, jeune ou vieux.

Mettre des posters sans cadres
: Je crois que ma seule réponse à cela serait : Et ? Dormir sur le futon d'un ami : Les futons de mes amis ne peuvent pas m'accueillir.

Manger une pizza entière en un repas
: Toujours d'actualité, oui. Le contraire vous aurait étonné non ?

Faire sa lessive chez sa mère
: Je n'ai pas de machine, et la laverie de Maisons Laffitte est à 4 euros, sans parler du séchage à un euro, et à un quart d'heure de marche. Donc oui, je le fais toujours, parfois.

Repousser une visite chez le médecin
: Ben oui, 20 euros ça peut servir, même quand on a un rhume, ça s'appelle économiser.

Boire des verres avec des inconnus
: Je ne bois pas, déjà, donc ça s'annonce compliqué. Mais même avec du Coca, ça m'est rarement arrivé. Je n'ai pas vécu assez longtemps en Angleterre...

Laisser un message pénible fait à deux sur son répondeur : Pas fait, je les faisais tout seul ! Et en effet, j'ai passé l'âge.

Aider quelqu'un à déménager sur six étages en échange d'une pizza et d'une bière : garde ta bière, et donne moi ton frigo.

Beer Bong
: Intraduisible, il s'agit de boire de la bière dans un tuyau. Qu'est-ce qu'ils boivent dans cette série... de ce côté là, c'est vraiment l'anti Friends.

Aller à une rave
: ça ne m'est plus arrivé depuis une douzaine d'années donc effectivement, c'est vraiment Murtaugh à donf. Mais c'était trop bien, et sans aide illicite, s'il vous plaît.

Dans le même épisode, y a aussi la liste inverse, celle des trucs qu'on fera étant vieux. Et donc je n'espère pas gueuler sur les enfants des voisins, me coucher à 8h et me lever à 4. En revanche, je finirais bien par porter des lunettes pour lire, je dînerais forcément à 4h de l'aprèm vu que je mange tout le temps, et ça ne me dérange pas de mettre trois heures pour répondre au téléphone, tellement je hais cette machine du démon.

Je vous laisse.

mercredi 3 février 2010

What a terrible world


Salut à tous,

Désolé, ce post ne va pas être gai. L'optimisme, qui est pour moi aussi accessible que les faveurs de Scarlett Johansson, en sera une nouvelle fois absent. Une raison à cela : mon indécrottable habitude de regarder les infos.

C'est quelque chose que je dis souvent, quand on me demande si je veux avoir des enfants. Nous vivons dans un monde ignoble, tout simplement. Juste ignoble. Actuellement, rien ne va dans le bon sens. Dans un sens optimiste, en l'occurrence. Des suppressions d'emplois à la SNCF, partout. Et les médias qui ne traitent ça que sur le plan de l'énervement des usagers alors que si le service public est menacé, c'est leur propre intérêt qui l'est. Mais ça, c'est pas grave, on vit dans l'instant, pas la peine de regarder ça d'une façon un peu plus large. Surtout que grâce au gouvernement, le statut des fonctionnaires est de plus en plus précaire, puisqu'ils ne pourront plus refuser des changements de postes, sous peine d'être... virés. Et où il est le progrès, là ?

Le débat sur l'identité nationale... les conditions de vie des musulmans et des Arabes qui se dégradent en France, ils sont de plus en plus stigmatisés dans leurs quotidiens. Des déclarations politiques qui frôle le niveau des poubelles et qui se multiplient, sans que la moindre sanction ne fleurisse, si ce n'est pour Georges Frèche, et encore. Tout cela provoqué et quasiment assumé par un gouvernement de droite dure, cynique et musclée. La tronche d'Eric Besson, glaciale et ignoble... C'est insupportable, bon dieu !

La disparition du thon rouge. Des espèces animales qui disparaissent juste pour satisfaire les appétits occidentaux. Tous ces enjeux écologiques qui ont plu aux gens, mais on sent déjà de la lassitude chez les gens, frigorifiés en cet hiver alors qu'on les bassine avec le réchauffement de la planète. Sauf qu'à Vancouver, il fait 7°, c'est le plus chaud hiver de l'histoire de la ville et les JOs d'hiver sont menacés... comme quoi, le réchauffement climatique peut avoir du bon, ponctuellement.

Vous me direz, t'as qu'à arrêter de regarder les infos, contente toi de regarder la télé pour ce qu'elle est désormais : une boîte à con, qui est très utile pour se vider la tête. Mais je me refuse à ça, je ne veux vraiment pas me déconnecter de tout ça. Cette idée m'est insupportable, plus encore que ces foutus infos dramatiques. Donc je veux continuer à faire l'éponge, à prendre tout dans la gueule, et faire avec.

Je vous laisse.

lundi 1 février 2010

La vérité enfantine


Hello,

Quand je ne travaille pas le lendemain, j'aime pas me coucher tôt, au grand dam de mon Amour, qui préfère que je le fasse en même temps qu'elle, comme ça je la réveille pas quand je vais dormir. Mais, comme un couillon de gamin, j'aime pas me coucher tôt quand je bosse le jour suivant. Peut-être pour justement me dire que je suis à la veille d'un jour chômé. Ou alors pour me casser physiquement, et parvenir à dormir le matin suivant. Tout ça échappe évidemment à toute raison et à la moindre logique.

Ce que je vais raconter n'a pas le moindre rapport avec le paragraphe précédent, si ce n'est l'heure à laquelle je tape ce post, un dimanche soir à 1h35. On dit souvent que les gamins voient tout, ressentent tout, captent tout telles des éponges, et que croire que tout ce qui concerne les "grands" leur passe entre les oreilles sans laisser la moindre trace est illusoire. Y a sûrement du vrai dans tout ça, sauf qu'en fait tout ce qu'ils enregistrent reste dans leurs têtes tels qu'ils l'ont capté, sans que ça soit rangé, décrypté, expliqué. Et quand ça ressort, c'est souvent drôle. Enfin, charmant, ou "mignon". On ne se moque pas des enfants, non mais. Ils captent tout, on vous dit !

Moi par exemple, je croyais beaucoup de choses étant gamin. Je ne suis pas sûr d'avoir été le môme le plus malin de ma génération, loin de là même, mais je suis à peu près sûr de ne pas avoir été le seul dans mon cas. Pourtant, quand j'entend les enfants de mes amis, j'ai l'impression qu'ils sont nettement plus intelligents, intuitifs et malins que nous le fûmes. Notez l'utilisation du passé simple, qui porte ici si mal son nom.

Voici donc une liste non exhaustive des choses auxquelles je croyais quand j'étais gosse, et qui se sont révélées être des illusions enfantines tellement pardonnables.

- Je croyais que si je laissais traîner mes pieds au bout d'un escalator, ils allaient être coupés. Jusqu'à il y a peu, j'ai donc soigneusement effectué un petit bond au dernier moment, mettant ainsi en application un des précieux conseils de ma maman, qui ne pensait sûrement pas à l'époque qu'il aurait une si longue vie ;

- Ayant vécu dans une famille très à gauche, j'ai longtemps cru, moins longtemps quand même que pour le paragraphe précédent, que les "Communistes", c'était la gauche, et les "Socialistes", la droite. Soit, à peu près, ce que ressentent les Américains, mais pour la droite ;

- Au début de sa carrière, et avant que je connaisse le nom de ce chanteur si talentueux, je croyais que Michael Jackson était une femme ;

- Je vivais à Issou, et je croyais que la ville voisine, Gargenville, trois fois plus grande à l'époque, était très connue. Quand en colo on me demandait où j'habitais, je disais, l'air satisfait, "près de Gargenville" ;

- Je ne m'intéressais pas au foot dans les années 80, mais pas du tout, et en 1986, l'année ou les Bleus ont battu les champions du monde italiens, je ne comprenais pas pourquoi Platini jouait à la fois pour la France et l'Italie. Bah oui, il jouait pour Turin non ? Mes frangins se sont tués la couenne pour expliquer à leur grand con de grand frère cette situation si délicate patriotiquement ;

- Au moment, si compliqué, ou ma sexualité pré-pubère fut soudainement une question, je n'ai pas eu beaucoup de réponses, je n'avais notamment pas de meilleur ami vantard et mytho pour m'éclairer efficacement sur le sujet, et je croyais que pour faire des bébés, ben il fallait des capotes. Bah oui, j'avais bien compris que pour faire l'amour il en fallait, et pour faire des bébés il fallait faire l'amour. Dont acte.

Ce n'est pas grand chose mais c'est un début, si j'en ai d'autre je vous le ferai savoir. En plus j'empêche vraiment mon Amour de dormir en tapant sur mon clavier.

Je vous laisse, donc.

samedi 30 janvier 2010

La Ferme !


Hello,

Hier j'ai encore exposé mon corps et mes quelques neurones fatigués à ce que la télé peut produire de pire. Et le pire du pire, c'est qu'elle arrivera toujours à faire pire. Elle est très très têtue, la télé.

C'est juste qu'il faut que je sache. Que je sache quoi dire si je dois en parler. Que je sache ce que mes contemporains aiment. Que je ne sois pas complètement déconnecté. Qu'est-ce qui plaire là-dedans ? Ça ne peut pas être que le voyeurisme, y a forcément autre chose... et pourtant...

La "Ferme célébrités en Afrique". Rien que le titre est évocateur. Dans cette émission, un des principes c'est de se moquer des riches, de la "France d'en haut", des puissants, ceux que les gens envient tous les jours dans la presse poubelle, désirant leurs vies qu'ils passent à se pavaner dans des soirées en beaux habits. D'ailleurs, les bandes-annonces le disaient : les "célébrités" allaient devoir abandonner leurs limousines. En oubliant de préciser que s'il y en avait quatre parmi les 16 qui avaient/ont/auront utilisé au moins une fois dans leur vie une limousine, c'était déjà pas mal. Charvet, Nielsen, la Princesse de Clermont-Moncul... à la rigueur.

Il y a donc, d'un côté, ce côté poujadiste. Et de l'autre, il y a ces ringards qui n'ont plus rien à perdre. Qui donneraient le bras de leur mère pour passer deux minutes à la télé. Qui ne font rien depuis 10, 20 ans, mais qui sont perpétuellement en train de préparer leur nouvel album ou qui vont bientôt tourner dans un film. Ils ont tous une actu, que personne ne voit passer. L'ultra médiatisée Céline Durand, par exemple, se vante d'avoir tourné dans le dernier film de Lagaf, et on a pu assister à la réplique qu'elle a fait à Jean-paul Rouve dans un film. Et ce Michael Vendetta... le googeliser est un grand moment de vie. La seule chose qui peut le sauver, c'est que cette attitude de "beaugosse" soit un personnage. C'est au-delà du pathétique, c'est la misère du show-business. Au moins, Maccione ne se la joue pas : il est à la retraite à Saint-Paul-de-Vance, où il joue aux boules. Respect, Aldo.

Pourquoi sont-ils là ? Ne savent-ils pas qu'on va se moquer d'eux ? Que rien que le fait que leur nom ait été évoqué pour y figurer sonnait déjà comme le glas de leur carrière, que cela gravait dans le marbre leur statut définitif de has-been ? Comment peuvent-ils imaginer que cela pourrait être un rebond pour leur carrière ? Est-ce que Massimo Gargia ou Vincent McDoom ont réussi à percer grâce à cette émission ? Mais est-ce que de toutes façons ils y croient encore, honnêtement, ou bien est-ce que ces pauvres types et ces braves filles y vont juste pour le blé et le voyage, et qu'ils ont définitivement abandonné toute idée de dignité ?

C'est ça qui me fascine dans ces émissions : jusqu'où l'homme peut aller pour humilier l'homme, et jusqu'où ce dernier peut aller dans le ridicule pour qu'on n'oublie pas totalement sa tête.

Et en même temps, qu'ont-ils fait qui serait gâché par cette émission ? Brigitte Nielsen était l'égérie des "musclés" américains des années 80, Schwarzenegger et Stallone, et depuis 10 ans accumule les participations à la télé poubelle ; Aldo Maccione a fait un ou deux bons films dans les années 60, et puis... bon, voilà ; Surya Bonaly a été cinq minutes une excellente patineuse ; Adeline Blondiau a joué dans "Sous le Soleil" et a été une des minettes de Johnny ; David Charvet parle comme Candeloro et joue et chante comme lui, ou plutôt a joué et chanté ; et j'en passe. Rien que la gloire ne puisse oublier sans chagrin.

Je savais que je ne regarderais pas d'autres éditions de cette émission, donc c'est sans regret que je passe à autre chose. Pas sûr qu'on en apprenne plus pendant 10 semaines, mais si c'est le cas n'hésitez pas à m'en parler :p

Je vous laisse.

mercredi 27 janvier 2010

Gainsbarre


Salut à tous,

J'ai toujours aimé Gainsbourg. Quand j'étais jeune, on m'avait offert un coffret trois CDs avec une multitude de chansons de lui. Même chose d'ailleurs pour Brassens et Brel. Ces trois-là constituent le trident de ma connaissance musicale.

Sans faire offense aux deux derniers, deux artistes immenses mais qui se ressemblent beaucoup par certains aspects, Gainsbourg est, pour moi, encore au-dessus. Selon moi, un seul artiste français - je parle là des auteurs compositeurs interprètes, of course, ceux qui chantent ce que eux ont à raconter - aurait pu le concurrencer en matière à la fois de génie mélodique absolu, c'est Polnareff. Problème, ce dernier n'a absolument rien sorti de potable depuis presque 25 ans, et lui n'a pas l'excuse d'être décédé.

C'est marrant parce que quand on prend les chansons de Gainsbourg au hasard, on a vraiment l'impression qu'il a eu trois périodes bien distinctes : celle du poinçonneur, dans les années 50 jusqu'au milieu des 60's ; puis celle de Melody Nelson, ou il pond sans doute ses meilleurs albums dans un anonymat relatif, jusqu'à la fin des 70's, et enfin celle de Gainsbarre, ou la qualité baisse - moyennement, mais elle baisse - mais ou il vend des disques au tractopelle. Celle que notre génération a connu et qu'elle associe le plus à Gainsbourg.

Et pourtant, quand on suis son oeuvre au fur et à mesure, ce découpage est moins définitif. Je veux dire, quand on voit des interviews de lui durant ces 40 années de carrière, sa tronche change peu, dès les années 60 il adopte un râteau comme rasoir, et toujours il parle avec son nez et une voix parfois difficilement audible, embrumée par ses cinq paquets de clopes quotidiens. La seule chose qui change, ce sont les cheveux, de plus en plus longs - là aussi, c'est relatif - et blancs, les chemises en jean et les lunettes noires.

Même chose pour les chansons, et notamment ses thèmes. Parce qu'au niveau musical, l'évolution est totale : la java fait place à la pop, au rock puis au reggae, voire à la musique africaine. Il a touché à tout, et pourtant une chanson de Gainsbourg est reconnaissable parmi cent. C'est ce qui m'a toujours déterminé quand il fallait désigner un artiste majeur : une patte. En revanche, effectivement au niveau des textes et des thèmes abordés, peu de variations : l'amour triste, en général terminé tragiquement, mais aussi - surtout ? - coquin, indissociable du sexe. Et pourtant, comme il le dit lui-même, "l'amour physique est sans issue".

Lui qui était - logiquement, à mon avis, quand même - terriblement complexé par son physique, a mis dans son lit les plus belles femmes de son époque, et les a aimé au delà de tout, hormis bien sûr la clope et l'alcool. Et à chaque fois, il a été largué, ce qui l'a mis en-dessous par étapes. Ses chansons reflètent cet escalier vers l'enfer affectif.

Le trentenaire que je suis a quelques souvenirs enfantins de lui, notamment une émission chez Sébastien ou une chorale de gamins habillés comme lui venait le faire pleurer en chantant "on est venu te dire qu'on t'aimait bien". C'est ce qu'il a toujours cherché, comme nous tous d'ailleurs. Mais le cynisme affiché n'aide pas.



Allez voir "Gainsbourg, vie héroïque", de Joann Sfar. Un chef d'oeuvre !

Je vous laisse.

samedi 23 janvier 2010

Cargo Culte

vendredi 22 janvier 2010

Pivot historique


Salut à tous,

Hier soir je regardais Lionel Jospin à la télé, qui se penchait sur son passé politique. Enfin la fin du documentaire, que j'avais oublié d'enregistrer pendant qu'on allait voir l'excellent Invictus, un film qui fait aimer le sport... et Morgan Freeman. En revanche, le nabot Matt Damon dans le rôle d'un mec qui faisait 2 mètres de haut et qui avait dix ans de moins, moyen. Mais bon, c'est saisissant quand même. Et quelle belle musique...

Donc, Jospin. En écoutant ce qu'il racontait, de sa façon toujours aussi scolaire et sans véritable émotion (ce dont je lui suis gré, les pros de l'émotion et du larmoyant, c'est toujours louche), j'ai repensé à ce 21 avril, une date qui a été retenue par l'histoire pour le choc qui s'y est produit. Comme on dit, tout le monde se rappelle de ce qu'il faisait ce jour là, ou presque. En revanche, qui se souvient de la date des élections de Mitterand, Chirac ou Sarkozy ?

Dans "Retour vers le Futur", les héros savent à quel moment exact de l'aventure les choses ont bien ou mal tourné, et savent quand y retourner pour les changer. Pour moi, cette élection présidentiel, c'est un véritable pivot historique. Si on est gouverné sans interruption par la droite depuis 2002, c'est à cause de ça.

Tout s'est écroulé à ce moment là : si Jospin avait fini devant Le Pen, il battait à coup sûr Chirac au second tour. On passait cette année au quinquennat, avec la concordance entre la présidentielle et la législative, ce qui garantissait cinq années de tranquillité totale au président élu. Jospin élu et avec une majorité, c'était cinq années qui empêchaient Sarkozy d'émerger, lui qui profita à fond de son titre de ministre de l'intérieur pour surfer sur la pseudo insécurité terrorisant la France. Le nabot serait toujours le guignol qui avait lamentablement perdu les élections européennes quelques années plutôt, et qui n'était qu'un lèche-cul parmi d'autres.

Et si la droite a parfaitement utilisé ce quinquennat pour renouveler son quinquennat en 2007, pourquoi la gauche ne l'aurait pas fait ? Le 21 avril 2002, la gauche a un leader : dans le docu, on voit très bien tout ceux qui, aujourd'hui, se déchirent (DSK, Royal, Fabius, Aubry, Hollande...) réunis dans une même pièce autour de Jospin. Il ne viendrait l'idée à aucun d'entre eux de planter un couteau dans le dos Yoyo pour le discréditer et lui chiper sa place. La gauche - ou plutôt, le PS - était uni, puissant et solidaire. Et si Jospin était resté leur leader, les Socialistes le seraient restés. Mais même si Jospin n'avait pas quitté la vie politique, il aurait été discrédité, et n'aurait jamais pu mener la gauche comme avant. D'ailleurs, il ne l'avait déjà pas assez réunie, ce qui lui a coûté cette élection...

Pourtant quelle injustice.. voilà un type qui est resté cinq ans au pouvoir, qui a instauré les 35 heures, le PACS, qui a fait baisser le chômage, la dette, et qui a même gagné la Coupe du Monde, un mec qui a toujours travaillé sérieusement, qui n'a jamais cherché à placer sa communication avant celle des autres, ce qui paraît moyenâgeux aujourd'hui, et qui subit une des plus grandes humiliations électorales de l'histoire. Les Français, qui l'appréciaient depuis cinq années et qui le lâchent dans la côte, bernés par la surenchère sécuritaire de Chirac, qui sait parfaitement taper à gauche ou à droite quand il le faut (cf sa fracture sociale de 95), c'est franchement très injuste. Pays de meeeerde !!

Pourquoi la droite gagne toujours régulièrement les présidentielles ? Parce qu'historiquement et culturellement, elle a le culte du chef. La loi du plus fort, de la jungle, c'est de droite. Quand Sarkozy a joué des épaules pour prendre le pouvoir, ça leur a plu. A gauche, quand quelqu'un fait ça, il passe pour un ambitieux qui ne prend pas en compte la démocratie et le vote des militants. Quand Sarkozy est élu président du parti, c'est déjà le patron, et ses 75 % s'affichent en immense à la télé pour confirmer qu'il est vraiment le meilleur. Une mégalomanie inimaginable à gauche.

Mais quand la gauche a eu de vrai leaders, Léon Blum en 36 et Mitterand dans les années 80, elle ne mouftait pas. Les opposants internes (Rocard, principalement) étaient peu nombreux, et n'ont pas duré longtemps. Donc si Jospin avait perduré, la gauche aurait eu de grande chance de le faire aussi. Si c'est le foutoir aujourd'hui au PS, ce qui navre tellement de gens, c'est parce que justement, il faut un nouveau leader. Mais c'est tellement pas de gauche de se soumettre à un homme ou une femme sans mouffeter... Si Aubry avait été bien élue, à la rigueur ça serait passé. Là, c'est le carnage.

Foutu 21 avril...

Je vous laisse.