jeudi 17 mai 2012
mardi 15 mai 2012
Changement de propriétaire
Salut à tous,
Voilà, ça fait un peu plus de huit jours maintenant. Une grosse semaine que la France, dans un sursaut de civisme, dans un éclair de lucidité salvateur, a donné son congé au pire président de la Ve République, et de loin. Rendre ma génération nostalgique de Chirac, sachant que j'étais un peu jeune pour juger le septennat de Giscard, même si je l'ai vécu presque complètement, ce n'est pas le moindre des exploits réalisés par Sarkozy.
Quoique, ça dépend de quoi on parle. Si on parle de politique pure, des débats qui ont secoué le pays durant les deux règnes - car il faut bien les appeler de cette manière, dans cette Royauté élective cachée qu'est la France - , on peut dire que Chirac l'emporte, par défaut mais quand même. Lui n'a rien fait, notamment après 2002, cultivant son statut de vieux monarque intouchable qui est la meilleure défense des chefs d'état trop longtemps au pouvoir et en fin de route. Ce fut aussi le cas du deuxième septennat de Mitterrand, d'ailleurs. Il n'empêche que Chirac est aussi responsable de la montée de Sarkozy, puisque c'est lui qui l'a lancé en 2002, afin que ce dernier illustre la volonté d'un président réélu sur un malentendu d'écouter les électeurs du FN et de Jean-Marie Le Pen, participant surprise au second tour de la présidentielle. Je me souviens notamment d'une phrase lors du discours laborieux et un peu glauque que Chirac avait fait à la Concorde, lors de sa victoire : "je vous ai
entendu". De Gaulle ? Juste la forme, alors. Sarkozy à l'Intérieur, c'était le meilleur moyen de faire de ce dernier le nouvel homme fort à droite. En deux ans seulement, il allait se rendre incontournable. Merci Jacques, t'as vraiment rien fait de bon, à part la suppression du service militaire...
Voilà, ça fait un peu plus de huit jours maintenant. Une grosse semaine que la France, dans un sursaut de civisme, dans un éclair de lucidité salvateur, a donné son congé au pire président de la Ve République, et de loin. Rendre ma génération nostalgique de Chirac, sachant que j'étais un peu jeune pour juger le septennat de Giscard, même si je l'ai vécu presque complètement, ce n'est pas le moindre des exploits réalisés par Sarkozy.
Quoique, ça dépend de quoi on parle. Si on parle de politique pure, des débats qui ont secoué le pays durant les deux règnes - car il faut bien les appeler de cette manière, dans cette Royauté élective cachée qu'est la France - , on peut dire que Chirac l'emporte, par défaut mais quand même. Lui n'a rien fait, notamment après 2002, cultivant son statut de vieux monarque intouchable qui est la meilleure défense des chefs d'état trop longtemps au pouvoir et en fin de route. Ce fut aussi le cas du deuxième septennat de Mitterrand, d'ailleurs. Il n'empêche que Chirac est aussi responsable de la montée de Sarkozy, puisque c'est lui qui l'a lancé en 2002, afin que ce dernier illustre la volonté d'un président réélu sur un malentendu d'écouter les électeurs du FN et de Jean-Marie Le Pen, participant surprise au second tour de la présidentielle. Je me souviens notamment d'une phrase lors du discours laborieux et un peu glauque que Chirac avait fait à la Concorde, lors de sa victoire : "je vous ai
entendu". De Gaulle ? Juste la forme, alors. Sarkozy à l'Intérieur, c'était le meilleur moyen de faire de ce dernier le nouvel homme fort à droite. En deux ans seulement, il allait se rendre incontournable. Merci Jacques, t'as vraiment rien fait de bon, à part la suppression du service militaire...
Bref, Sarkozy a été un accident, finalement. Un malheureux accident, comme ces derniers le sont souvent d'ailleurs, mais un accident quand même. Une parenthèse de démagogie, de populisme, de haine à peine contenue envers tout ce qui ne lui ressemble pas et/ou ne veut pas le suivre, de conduite du pays à l'aveuglette, ou plutôt à la lecture des fait-divers. Cinq ans ça paraît court, mais j'ai l'impression qu'on a eu le temps quand même d'oublier à quoi ça ressemble une politique apaisée, même dans ces temps chaotiques et incertains, à quoi ressemble un président un peu au-dessus de la mêlée, qui laisse agir ceux qu'il va choisir demain pour gouverner, etc. Je ne dis pas que c'est ce que Hollande fera, mais en tous cas il a tout fait pour montrer qu'il reviendrait à un peu plus de sérénité, de calme, moins de gesticulation. Quitte à peut-être renouer avec ces président-monarques qui ont excédé les Français, au point d'envoyer à l'Elysée ce... ce... je suis à court de termes pour qualifier celui qui ne sera bientôt plus que le mari désœuvré de Carla Bruni.
En 2007, les Français n'en pouvaient plus de Chirac, de ses pantalons sous les aisselles, son audition défaillante, l'inertie quasi complète du pouvoir, ce côté Prince Charles qui se baladerait à poil sur une terrasse pendant ses vacances, et qui aurait manifestement tapé avec joie dans toutes les caisses qu'il trouvait. Aujourd'hui c'est un gentil papy que les gens aiment regretter, surtout maintenant qu'il est sénile et qu'il drague les minettes devant les caméras du Petit Journal. La mémoire collective a inventé Alzheimer, à mon avis. En tous cas elle l'incarne très souvent, quel que soit le sujet.
Sarkozy a donc été jeté. Pourquoi ? Tout a été dit. A droite, on est tellement persuadé que 98 % des
journalistes français sont de gauche qu'il n'y a même pas besoin de trouver d'autres raisons. Et même si ça consiste d'abord à oublier que Sarkozy avait ces mêmes médias dans la poche en 2007, et qu'il faut oublier, dans ce décompte simpliste, l'intégralité de la rédaction du Figaro, une partie de celle du Nouvel Obs, du Point, etc. Christophe Barbier il est de gauche, sérieusement ? Et Giesbert ? Et Apathie, qui n'a que les mots dette et rigueur à la bouche ? Et Zemmour ? Et Brunet ? Et Polony ? Et Thréard ? Et Rioufol ? Et Ney ? Ils sont peut-être pas nombreux, mais on les voit quand même beaucoup pour une minorité à ce point ignorée...
Pour le reste, il y a plusieurs explications. D'abord, Sarkozy n'a jamais fait président. Et là, je ne parle pas seulement du physique. C'est vrai, avec ses tics, ses talonnettes, son attitude constamment agressive et belliqueuse, il n'a jamais engendré la quiétude et la sérénité. C'était le stresse incarné. Mais s'il n'a pas été président, c'est surtout dans sa gouvernance, qui a été totale. Non seulement il n'a laissé que des miettes à ses "collaborateurs", en faisant régner la terreur dans ses rangs pour qu'aucune tête ne dépasse au-dessus de la sienne, ce qui n'était pas un mince exploit, mais en plus il n'a fait que diviser les gens, jeter les uns aux visages des autres. Pour fédérer cette France normale qui, selon lui, se tait mais n'en pense pas moins, il a attaqué tous ceux qui sortaient de la norme : les plus pauvres, les chômeurs, les Roms, les Arabes, les Musulmans, les émigrés, etc. Dans ce "courageux" et perpétuel courroux, il a oublié une seule minorité, parce que s'en est une seulement par le nombre : les plus riches, ses amis, ceux qu'il croit seuls capables de créer de la richesse et des emplois. Mais la richesse créée n'a atterrit que dans leurs poches, et ils ont surtout détruit des emplois dans le même temps. Éternelle illusion de la droite, que croire que ce sont les riches qui créent les richesses, et non les travailleurs, à la base.
Et puis, durant la campagne, il n'a pas franchit la ligne, il a sauté par dessus avec un trampoline. Il a provoqué sa propre loi Hadopi en copiant éhontément la programme du FN, tout en laissant de côté avec une assurance hallucinante tout le reste du pays : la gauche, le centre, dont le chef l'a logiquement lâché. A propos du choix de Bayrou on a parlé de surprise, mais comment aurait-il pu sérieusement choisir Sarkozy après tout ce que ce dernier avait dit durant les dernières semaines de la campagne ? En 2007, sa haine personnelle envers Sarkozy l'avait poussé à voter blanc, en annonçant avant cela qu'il ne voterait pas Sarkozy, ce qui ne voulait pas dire qu'il choisissait Royal. Cette fois, à cette même haine s'est rajouté le dégoût. Bayrou et moi avons peu de points en commun, mais je le considère comme un type intègre, honnête et surtout humaniste, et pour tout dire assez couillu politiquement. S'il devait rester fidèle à ce portrait à ce moment là, il ne pouvait que choisir Hollande. Il l'a dit lui-même : sur l'économie, il choisissait Sarkozy. Mais sur les valeurs, l'humain, sur les spots télés de Sakozy dans lequel on voyait une borne frontalière à la France avec une écriture en Arabe dessus, genre le danger sarrasin rôde au-delà de nos si fragiles frontières, un hommage durect au Bruno Mégret des années 90, il ne pouvait que choisir Hollande, ou au moins répudier Sarkozy. Le fait qu'il ait été le seul parmi les représentants de la Droite modérée - Juppé, Raffarin et Fillon, malgré quelques critiques, Bachelot, Baroin... même Borloo, que je croyais plus courageux - à le faire montre cependant que la politique politicienne a encore quelques belles décennies devant elle.
C'est une parenthèse qui s'est achevée, mais ne nous leurrons pas : la droite populiste reviendra. 37 % des gens partagent les idées du FN, soit le gros 15 % de ce dernier plus un bonnpartie de l'électorat de l'UMP qui n'ose pas franchir le pas, et pas mal d'abstentionnistes. Si l'extrême gauche est fréquentable, contrairement à celle de droite, c'est plus elle qui semble le plus proche d'accéder au pouvoir un jour. Il suffit que ces différentes parties actuellement distinctes se rassemblent, et alors on pourra trembler les amis.
Allez, parlons d'Hollande maintenant. C'est quand même un truc énorme qui s'est passé. Hollande, qui n'était absolument plus rien politiquement il y a trois ans, après son départ de la tête du PS. Hollande, qui était encore plus moqué à gauche qu'à droite, cette dernière l'aillant toujours ignoré et sous-estimé jusque dans les dernières heures de la campagne, et encore aujourd'hui d'ailleurs.
Hollande qui, tout au long de ces années ou sa bonhomie rondouillarde a fait tout autant sa légende que son sens du consensus mou et son physique extrêmement quelconque. C'est un peu comme si aujourd'hui on me disait que Jérémy Toulalan allait devenir le meneur de jeu de l'Équipe de France après l'Euro, et gagner la Coupe du Monde.
Une histoire incroyable. Je me suis régalé de toutes les biographies qui sont sorties simultanément à son propos, dans la presse ou à la télé. Un parcours politique jumelé avec celui de sa compagne Ségolène Royal, qui sera cependant toujours la première, à part au tout début, en 81, lorsqu'ils rejoignent tous les deux l'équipe de Jacques Attali, conseiller principal de François Mitterrand. Mais ce sera elle qui rejoindra en premier un gouvernement, en 1992 (écologie) et elle qui, bien sûr, se lancera dans la présidentielle, en profitant du désarroi de Hollande, qui était premier secrétaire du PS lors de l'échec en 2002 et au référendum européen en 2005, et qui était donc éreinté. Ce coup là provoquera sans doute la fin de leur couple.
Mais Hollande a soigneusement caché la légende qui allait le porter à l'Élysée. Qui imagine, par rapport à son image de mou, de rigolard, qu'il a osé s'attaquer à Chirac en Corrèze en 1981, pour devenir député ? Et surtout que, malgré sa défaite, logique - Chirac est élu au premier tour, mais il a manqué 350 voix à Hollande pour accrocher le ballotage... - , il s'est accroché, se représentant, se battant, écumant les marchés, les réunions, avant d'être finalement élu en 1988 dans une autre circonscription, mais toujours en Corrèze. Entre les deux, il est resté là-bas, principalement, pour s'implanter électoralement. A la tête du PS, il n'a jamais eu la tâche facile face aux éléphants, qui lorgnaient sa place tout en étant ravis que ce soit lui qui prenne les coups lors des défaites électorales.
Quand on s'intéresse aux destins victorieux, on a toujours l'impression qu'il suffit de se battre, d'y croire et ça marche. Dans ces cas là, on oublie toujours ceux qui se sont battu, y ont cru, mais ont
perdu quand même. Dire que celui qui a gagné y a cru, et les autres non, c'est terriblement simpliste. Mais ce fut le cas de Hollande, qui a caché cette rage de réussir par des contours arrondis, et une gentillesse apparente qui cachait cette volonté de dingue qu'il a eu. Après, la chance (DSK, et succéder à Sarkozy) a aussi joué, bien sûr. La performance a finalement été de remporter la primaire, notamment face à Aubry qui ne lui a pas fait de cadeaux, et de battre Sarkozy lors du débat. Là, pas sûr que beaucoup de socialistes auraient fait aussi bien.
Maintenant, même à gauche on sait qu'il ne révolutionnera rien. Les gens ne l'ont pas élu pour ça, d'ailleurs, mais pour qu'il injecte un peu plus de justice, de douceur politique, de calme, d'honnêteté dans le débat politique. En gros, après 5 années de LSD, il leur fallait un bon petit pétard. Mais là encore, pas de faux espoirs : les gens seront vite lassés, et quand ils en auront marre ils iront voir ailleurs. Espérons quand même que ce sera après 2017...
Je vais pas rater la passation, demain. Juste pour voir la tronche de Sarkozy. Un dernier petit plaisir.
Je vous laisse !
En 2007, les Français n'en pouvaient plus de Chirac, de ses pantalons sous les aisselles, son audition défaillante, l'inertie quasi complète du pouvoir, ce côté Prince Charles qui se baladerait à poil sur une terrasse pendant ses vacances, et qui aurait manifestement tapé avec joie dans toutes les caisses qu'il trouvait. Aujourd'hui c'est un gentil papy que les gens aiment regretter, surtout maintenant qu'il est sénile et qu'il drague les minettes devant les caméras du Petit Journal. La mémoire collective a inventé Alzheimer, à mon avis. En tous cas elle l'incarne très souvent, quel que soit le sujet.
Sarkozy a donc été jeté. Pourquoi ? Tout a été dit. A droite, on est tellement persuadé que 98 % des
journalistes français sont de gauche qu'il n'y a même pas besoin de trouver d'autres raisons. Et même si ça consiste d'abord à oublier que Sarkozy avait ces mêmes médias dans la poche en 2007, et qu'il faut oublier, dans ce décompte simpliste, l'intégralité de la rédaction du Figaro, une partie de celle du Nouvel Obs, du Point, etc. Christophe Barbier il est de gauche, sérieusement ? Et Giesbert ? Et Apathie, qui n'a que les mots dette et rigueur à la bouche ? Et Zemmour ? Et Brunet ? Et Polony ? Et Thréard ? Et Rioufol ? Et Ney ? Ils sont peut-être pas nombreux, mais on les voit quand même beaucoup pour une minorité à ce point ignorée...Pour le reste, il y a plusieurs explications. D'abord, Sarkozy n'a jamais fait président. Et là, je ne parle pas seulement du physique. C'est vrai, avec ses tics, ses talonnettes, son attitude constamment agressive et belliqueuse, il n'a jamais engendré la quiétude et la sérénité. C'était le stresse incarné. Mais s'il n'a pas été président, c'est surtout dans sa gouvernance, qui a été totale. Non seulement il n'a laissé que des miettes à ses "collaborateurs", en faisant régner la terreur dans ses rangs pour qu'aucune tête ne dépasse au-dessus de la sienne, ce qui n'était pas un mince exploit, mais en plus il n'a fait que diviser les gens, jeter les uns aux visages des autres. Pour fédérer cette France normale qui, selon lui, se tait mais n'en pense pas moins, il a attaqué tous ceux qui sortaient de la norme : les plus pauvres, les chômeurs, les Roms, les Arabes, les Musulmans, les émigrés, etc. Dans ce "courageux" et perpétuel courroux, il a oublié une seule minorité, parce que s'en est une seulement par le nombre : les plus riches, ses amis, ceux qu'il croit seuls capables de créer de la richesse et des emplois. Mais la richesse créée n'a atterrit que dans leurs poches, et ils ont surtout détruit des emplois dans le même temps. Éternelle illusion de la droite, que croire que ce sont les riches qui créent les richesses, et non les travailleurs, à la base.
Et puis, durant la campagne, il n'a pas franchit la ligne, il a sauté par dessus avec un trampoline. Il a provoqué sa propre loi Hadopi en copiant éhontément la programme du FN, tout en laissant de côté avec une assurance hallucinante tout le reste du pays : la gauche, le centre, dont le chef l'a logiquement lâché. A propos du choix de Bayrou on a parlé de surprise, mais comment aurait-il pu sérieusement choisir Sarkozy après tout ce que ce dernier avait dit durant les dernières semaines de la campagne ? En 2007, sa haine personnelle envers Sarkozy l'avait poussé à voter blanc, en annonçant avant cela qu'il ne voterait pas Sarkozy, ce qui ne voulait pas dire qu'il choisissait Royal. Cette fois, à cette même haine s'est rajouté le dégoût. Bayrou et moi avons peu de points en commun, mais je le considère comme un type intègre, honnête et surtout humaniste, et pour tout dire assez couillu politiquement. S'il devait rester fidèle à ce portrait à ce moment là, il ne pouvait que choisir Hollande. Il l'a dit lui-même : sur l'économie, il choisissait Sarkozy. Mais sur les valeurs, l'humain, sur les spots télés de Sakozy dans lequel on voyait une borne frontalière à la France avec une écriture en Arabe dessus, genre le danger sarrasin rôde au-delà de nos si fragiles frontières, un hommage durect au Bruno Mégret des années 90, il ne pouvait que choisir Hollande, ou au moins répudier Sarkozy. Le fait qu'il ait été le seul parmi les représentants de la Droite modérée - Juppé, Raffarin et Fillon, malgré quelques critiques, Bachelot, Baroin... même Borloo, que je croyais plus courageux - à le faire montre cependant que la politique politicienne a encore quelques belles décennies devant elle.
C'est une parenthèse qui s'est achevée, mais ne nous leurrons pas : la droite populiste reviendra. 37 % des gens partagent les idées du FN, soit le gros 15 % de ce dernier plus un bonnpartie de l'électorat de l'UMP qui n'ose pas franchir le pas, et pas mal d'abstentionnistes. Si l'extrême gauche est fréquentable, contrairement à celle de droite, c'est plus elle qui semble le plus proche d'accéder au pouvoir un jour. Il suffit que ces différentes parties actuellement distinctes se rassemblent, et alors on pourra trembler les amis.
Allez, parlons d'Hollande maintenant. C'est quand même un truc énorme qui s'est passé. Hollande, qui n'était absolument plus rien politiquement il y a trois ans, après son départ de la tête du PS. Hollande, qui était encore plus moqué à gauche qu'à droite, cette dernière l'aillant toujours ignoré et sous-estimé jusque dans les dernières heures de la campagne, et encore aujourd'hui d'ailleurs.
Hollande qui, tout au long de ces années ou sa bonhomie rondouillarde a fait tout autant sa légende que son sens du consensus mou et son physique extrêmement quelconque. C'est un peu comme si aujourd'hui on me disait que Jérémy Toulalan allait devenir le meneur de jeu de l'Équipe de France après l'Euro, et gagner la Coupe du Monde.Une histoire incroyable. Je me suis régalé de toutes les biographies qui sont sorties simultanément à son propos, dans la presse ou à la télé. Un parcours politique jumelé avec celui de sa compagne Ségolène Royal, qui sera cependant toujours la première, à part au tout début, en 81, lorsqu'ils rejoignent tous les deux l'équipe de Jacques Attali, conseiller principal de François Mitterrand. Mais ce sera elle qui rejoindra en premier un gouvernement, en 1992 (écologie) et elle qui, bien sûr, se lancera dans la présidentielle, en profitant du désarroi de Hollande, qui était premier secrétaire du PS lors de l'échec en 2002 et au référendum européen en 2005, et qui était donc éreinté. Ce coup là provoquera sans doute la fin de leur couple.
Mais Hollande a soigneusement caché la légende qui allait le porter à l'Élysée. Qui imagine, par rapport à son image de mou, de rigolard, qu'il a osé s'attaquer à Chirac en Corrèze en 1981, pour devenir député ? Et surtout que, malgré sa défaite, logique - Chirac est élu au premier tour, mais il a manqué 350 voix à Hollande pour accrocher le ballotage... - , il s'est accroché, se représentant, se battant, écumant les marchés, les réunions, avant d'être finalement élu en 1988 dans une autre circonscription, mais toujours en Corrèze. Entre les deux, il est resté là-bas, principalement, pour s'implanter électoralement. A la tête du PS, il n'a jamais eu la tâche facile face aux éléphants, qui lorgnaient sa place tout en étant ravis que ce soit lui qui prenne les coups lors des défaites électorales.
Quand on s'intéresse aux destins victorieux, on a toujours l'impression qu'il suffit de se battre, d'y croire et ça marche. Dans ces cas là, on oublie toujours ceux qui se sont battu, y ont cru, mais ont
perdu quand même. Dire que celui qui a gagné y a cru, et les autres non, c'est terriblement simpliste. Mais ce fut le cas de Hollande, qui a caché cette rage de réussir par des contours arrondis, et une gentillesse apparente qui cachait cette volonté de dingue qu'il a eu. Après, la chance (DSK, et succéder à Sarkozy) a aussi joué, bien sûr. La performance a finalement été de remporter la primaire, notamment face à Aubry qui ne lui a pas fait de cadeaux, et de battre Sarkozy lors du débat. Là, pas sûr que beaucoup de socialistes auraient fait aussi bien.Maintenant, même à gauche on sait qu'il ne révolutionnera rien. Les gens ne l'ont pas élu pour ça, d'ailleurs, mais pour qu'il injecte un peu plus de justice, de douceur politique, de calme, d'honnêteté dans le débat politique. En gros, après 5 années de LSD, il leur fallait un bon petit pétard. Mais là encore, pas de faux espoirs : les gens seront vite lassés, et quand ils en auront marre ils iront voir ailleurs. Espérons quand même que ce sera après 2017...
Je vais pas rater la passation, demain. Juste pour voir la tronche de Sarkozy. Un dernier petit plaisir.
Je vous laisse !
mercredi 9 mai 2012
Civilisations
Salut à tous,
Je vous écris en direct de la nouvelle mère patrie de mes parents, le sud-est du Morbihan, à quelques jets de choux-fleurs de Redon et de la Loire-Atlantique. Je profite pleinement de la météo vivifiante et humide qui, évitons les vannes habituelles sur la Bretagne, est à peu près la même qu'à Paris. Mais à Paris, il n'y a pas de plages, de baies, de forêts à admirer. Ici, la pluie et la brume m'en privent pas mal, dommage.
Tout à l'heure, seul dans le salon avec l'Equipe à la main, je regardais un reportage d'Arte sur Leptis Magna, mythique cité carthaginoise, c'est-à-dire l'ancienne Tunisie, sous autorité romaine. Il ne reste plus que des
ruines particulièrement bien conservées de cette ville, qui fut une des plus importantes de la Méditerranée il y a 2 000 ans. Qu'est-ce qui a causé la décadence et la destruction de cette cité extraordinaire ? Un tremblement de terre ? Ou simplement la ruine et l'abandon ? Non on ne sait pas encore tout, et ça notamment. Mais c'est en bonne voie.
Bref, ça me faisait penser que nos civilisations actuelles étaient vraiment peu de choses. Aujourd'hui nos modes de vie, notre contexte socio-économique, semblent inscrits dans le marbre, imperturbables, définitifs. Un peu comme devaient le penser les Romains de l'époque impériale, ou même les Nazis, au sein d'un empire qui devait durer 1 000 ans.
Comment peut-on imaginer que nos villes, nos civilisations, seront éternelles ? Quelle arrogance de penser que dans un ou deux millénaires, si l'Humanité existe encore sur une planète toujours vivable, des touristes ne visiteront pas les ruines de Paris, New-York, Rome, Londres, la Défense, en se disant combien ça devait être fascinant de vivre dans ces villes démesurées, que ce soit en largeur ou en hauteur, si différentes de celles qui acceuilleront leurs propres vies, et que nous pouvont difficilement imaginer.
Les réalisateurs friants d'anticipation aiment à imaginer depuis des décennies des villes toujours plus grandes, toujours plus hautes, toujours moins humanisées, plus polluées, avec différentes strates de voies de transport, des voitures qui volent, etc. C'est effectivement la tendance qui est suivie depuis la début de l'Humanité. Peu de villes actuelles ont rétréci, détruisant des immeubles ou des maisons pour rendre les terrains à la nature. Non, les villes se déploient, grandissent, de la façon la plus logique. Mais quand on voit ces villes, ces civilisations qui ont disparu, comme Leptis Magna, ou Teotihuacan, ne laissant que des murs vides, hormis en période touristique, on se dit que nulle ville n'est à l'abri, non pas de disparaître, puisque l'homme garde tout aujourd'hui, fait des musées, etc, mais de pérécliter, se vider, même les plus puissantes.
Qui sait, un jour l'Homme sera peut-être lassé de ce mode de vie qui consiste à vivre les uns sur les autres, à ne voir le ciel qu'entre quelques barres de béton, et ne pas s'arrêter à regarder le temps passer, et ira voir ailleurs. Ou alors quelques catastrophes, naturelles ou humaines, provoqueront un déclin ineluctable, et videront les villes. Dans 50 ans, certains pays auront peut-être disparu sous l'eau, alors pourquoi pas des villes désertées ? C'est déjà arrivé, après tout.
Une chose est sûre, il y a peu de chance que nous vivions assez vieux pour voir cela. Je ne nous le souhaite pas... quoique, ça pourrait être un spectacle assez fascinant. Je ne parle pas ici de fin du monde, juste de changement de civilisation. Problème, ça ne se fait jamais dans la douceur...
Je vous laisse !
Je vous écris en direct de la nouvelle mère patrie de mes parents, le sud-est du Morbihan, à quelques jets de choux-fleurs de Redon et de la Loire-Atlantique. Je profite pleinement de la météo vivifiante et humide qui, évitons les vannes habituelles sur la Bretagne, est à peu près la même qu'à Paris. Mais à Paris, il n'y a pas de plages, de baies, de forêts à admirer. Ici, la pluie et la brume m'en privent pas mal, dommage.
Tout à l'heure, seul dans le salon avec l'Equipe à la main, je regardais un reportage d'Arte sur Leptis Magna, mythique cité carthaginoise, c'est-à-dire l'ancienne Tunisie, sous autorité romaine. Il ne reste plus que des
ruines particulièrement bien conservées de cette ville, qui fut une des plus importantes de la Méditerranée il y a 2 000 ans. Qu'est-ce qui a causé la décadence et la destruction de cette cité extraordinaire ? Un tremblement de terre ? Ou simplement la ruine et l'abandon ? Non on ne sait pas encore tout, et ça notamment. Mais c'est en bonne voie.Bref, ça me faisait penser que nos civilisations actuelles étaient vraiment peu de choses. Aujourd'hui nos modes de vie, notre contexte socio-économique, semblent inscrits dans le marbre, imperturbables, définitifs. Un peu comme devaient le penser les Romains de l'époque impériale, ou même les Nazis, au sein d'un empire qui devait durer 1 000 ans.
Comment peut-on imaginer que nos villes, nos civilisations, seront éternelles ? Quelle arrogance de penser que dans un ou deux millénaires, si l'Humanité existe encore sur une planète toujours vivable, des touristes ne visiteront pas les ruines de Paris, New-York, Rome, Londres, la Défense, en se disant combien ça devait être fascinant de vivre dans ces villes démesurées, que ce soit en largeur ou en hauteur, si différentes de celles qui acceuilleront leurs propres vies, et que nous pouvont difficilement imaginer.
Les réalisateurs friants d'anticipation aiment à imaginer depuis des décennies des villes toujours plus grandes, toujours plus hautes, toujours moins humanisées, plus polluées, avec différentes strates de voies de transport, des voitures qui volent, etc. C'est effectivement la tendance qui est suivie depuis la début de l'Humanité. Peu de villes actuelles ont rétréci, détruisant des immeubles ou des maisons pour rendre les terrains à la nature. Non, les villes se déploient, grandissent, de la façon la plus logique. Mais quand on voit ces villes, ces civilisations qui ont disparu, comme Leptis Magna, ou Teotihuacan, ne laissant que des murs vides, hormis en période touristique, on se dit que nulle ville n'est à l'abri, non pas de disparaître, puisque l'homme garde tout aujourd'hui, fait des musées, etc, mais de pérécliter, se vider, même les plus puissantes.
Qui sait, un jour l'Homme sera peut-être lassé de ce mode de vie qui consiste à vivre les uns sur les autres, à ne voir le ciel qu'entre quelques barres de béton, et ne pas s'arrêter à regarder le temps passer, et ira voir ailleurs. Ou alors quelques catastrophes, naturelles ou humaines, provoqueront un déclin ineluctable, et videront les villes. Dans 50 ans, certains pays auront peut-être disparu sous l'eau, alors pourquoi pas des villes désertées ? C'est déjà arrivé, après tout.
Une chose est sûre, il y a peu de chance que nous vivions assez vieux pour voir cela. Je ne nous le souhaite pas... quoique, ça pourrait être un spectacle assez fascinant. Je ne parle pas ici de fin du monde, juste de changement de civilisation. Problème, ça ne se fait jamais dans la douceur...
Je vous laisse !
samedi 5 mai 2012
jeudi 3 mai 2012
Hollande brise la digue
Salut à tous,
Je ne sais pas vous, mais moi je me suis régalé ce soir. Et pourtant, je n'ai pas complètement profité de ce débat, vu que je bossais et donc que, hormis quelques jets d'œils vers la télé, ceux ci étaient concentrés sur mon écran d'ordi. Je l'ai donc suivi essentiellement comme si je l'écoutais à la radio... avec quelques images, de temps en temps. Et ma tweeteuse préférée derrière, qui me relayait ce qui se passait sur cet étrange réseau social que j'ai eu beaucoup plus de mal à m'approprier que Facebook, tellement plus simple.
J'ai du voir tous les débats depuis 1995, date de ma première présidentielle. J'avais... hum, 20 ans, et j'avais enregistré ce débat, en me disant que je garderais ce moment d'histoire, comme j'aurais aimé en avoir d'autres en boîte, et que j'enregistrerais les autres ensuite. Pour moi, tous les moyens sont
bons pour prendre en photo l'histoire, quand celle-ci passe pas loin.
Bon, finalement j'ai perdu la cassette, ou alors elle a du être effacée... et puis avec le net, aujourd'hui, ce sont des images à la portée du premier imbécile (présent !) venu. Et puis, il faut être honnête, la joute entre Jospin et Chirac, disputée dans un décor bleu fluo épouvantable, avait abouti à une bouillie sans nom, technocratique, soporifique, et sans la moindre chair. Tout l'inverse, en gros, de ce qui s'est passé ce soir.
Quoique non, ce débat a quand même été riche en chiffres, un peu trop diront certains. C'est ça le problème, les gens ne demandent que ça, s'intéresser à la politique, mais ils voudraient que ça ressemble à une émission de Castaldi, où les seuls chiffres seraient les mensurations des bimbos baignant dans la piscine ou le numéro de téléphone à appeler pour éliminer les phares d'intelligence qui leurs servent de candidats. Mais non, la politique, c'est aussi des chiffres, parce que pour mesurer des tendances, des objectifs, des résultats surtout, ben les chiffres, c'est quand même très utile, à défaut d'être la panacée. Même si c'est très rébarbatif, faut savoir ce que l'on veut. On a beau mettre de jolies couleurs, une musique qui fait peur et Ken et Barbie à la présentation, le fond de la politique c'est quand même sérieux. Même si, parfois, ça ne vole pas toujours très haut.
Pour ma part, j'ai trouvé ce débat exceptionnel, tout simplement. Finalement, en... hum, 17 ans de droit de vote à cette élection, c'était mon quatrième débat, vu qu'il n'y en a pas eu en 2002, et encore heureux. Et jamais je n'avais senti une telle tension, un telle adrénaline, une telle envie de gagner chez les deux candidats. Pourtant, ça aurait pu être le cas dans les précédents débats, mais non, à côté ces derniers ressemblent, a posteriori, à d'aimables concours de rimes à Saint-Germain-des-Prés.
Ça a été musclé, ça a été rythmé, et les deux présentateurs, du fond de leurs pots de fleurs, n'ont que très rarement réussi à imposer le fil prévu pour ce débat. Jamais, je crois, deux candidats avaient eu autant envie de gagner la présidentielle, en fait. Normal : ça fait 24 ans que la Gauche n'en a pas gagné, soit trois défaites consécutives, et si elle ne gagnait pas celle-ci, après le pire mandat présidentiel de la Vème République, elle ne pouvait en gagner aucune. De son côté, la Droite est au pouvoir depuis si longtemps, et elle est si intensément incarnée par l'ultra égotique Sarkozy depuis 5 à 10 ans, qu'il lui paraît inconcevable d'abandonner des manettes qu'elle considèrera toujours, quoiqu'il arrive, comme les siennes. Le pouvoir doit revenir à la Droite, c'est bien connu. Et comme Sarkozy est le plus fort, impossible qu'il perde, logique. La loi de la jungle, je vous dit.
Il n'empêche, Hollande lui a mis une belle volée. Bien sûr, Sarkozy reste Sarkozy, il n'a rien lâché, quitte à s'enfoncer dans des mensonges qui auraient du lui faire honte, même à lui qui n'a jamais peur d'aller trop loin. Mais il ne s'est pas heurté à un édredon, qui lui aurait mollement renvoyé ses balles, il est tombé sur un mur. Mieux, ce fut même lui le mur par moment, sur lequel Hollande aurait joué tranquillement au tennis. Sarkozy contraint à tenter d'éviter les exocets du présumé Flamby, voilà une saveur que je n'aurais pas imaginé goûter un jour, et notamment en cet instant.
Il ne faut pas se le cacher, le peuple de Gauche avait peur de ce débat. Et c'est évidemment pour cela, et pas simplement par respect des traditions, ce qui n'est pas très de gauche, qu'elle ne voulait pas des trois débats proposé - je veux dire exigé, c'était Sarkozy quand même - par la majorité dès le soir du premier tour. Lui-même devait avoir des doutes sur ses capacités à résister à un tel bretteur, un débatteur de ce calibre. Sérieusement, qui, même au plus près d'Hollande, croyait que ce dernier
réussirait à bousculer à ce point Sarkozy, au point que lui et ses soutiens, après le débat, se sont plaints de son agressivité ? Relever cette dernière, c'était bel et bien démontrer qu'ils avaient été surpris par la performance d'Hollande, qu'ils ne s'attendaient pas à ce que le gros joufflu des précédentes joutes entre les deux hommes rosserait de la sorte leur champion imbattable. Car c'est pour cela aussi qu'ils voulaient les trois débats, pas pour vouloir parler de tout, dans un soucis de "vérité" qui n'aura jamais été celui de Sarkozy depuis 10 ans, mais bel et bien parce qu'il leur semblait que le président, cette bête de télé, ce surhomme, allait en profiter pour grignoter à chaque fois quelques voix à ce tout mou d'Hollande. Ce soir, je me dis que certains, à l'UMP, doivent être soulagés que ce dernier ait refusé. Et que d'autres, au PS, aurait peut-être finalement voulu qu'il en concède un ou deux de plus à son adversaire, histoire d'enfoncer le clou.
Ce qui a été fort, en dehors de la tirade "moi, président de la République", qui a envoyé Sarkozy dans les cordes durant trois minutes, et qui restera, pour la légende, comme le grand moment de ce débat, c'est que Hollande se soit finalement montré le plus convainquant là où on pensait qu'il souffrirait le plus : l'immigration. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas un thème sur lequel la Gauche est bonne. Et pourquoi cela ? Parce qu'à ses yeux - et elle a bien raison - ce n'est pas un thème important, ce n'est pas ça qui devrait diriger la politique de la France, c'est un faux problème, une chimère. Non seulement il n'y a pas trop d'immigrés en France, mais l'immigration rapporte de l'argent au pays, elle l'enrichit, et pas seulement financièrement. La Gauche est de tradition internationale, elle doit prôner l'échange, le mélange, l'universitalité, l'entente des peuples. Parler de l'immigration, pour elle, c'est comme parler de lutte contre la misère pour la Droite, c'est un effort inutile qui lui coûte et de l'énergie, et des voix. Problème, ça semble intéresser les gens. Bizarre d'ailleurs, parce que quand on leur demande ce qui les intéresse plus, ils répondent d'abord la lutte contre le chômage, la dette et compagnie, et l'immigration à 3 % seulement. Mais ils sont aussi d'accord avec les idées du FN à hauteur de 37 %, ce qui est dramatiquement élevé, et la moitié vote pour ce dernier, tandis que l'autre vote essentiellement Sarkozy. Que voulez vous que la Gauche fasse dans cette bouillasse infâme ? Que faut-il faire pour parler aux cons, tout en ne donnant pas l'impression qu'on veut les éduquer ? La Gauche ne peut pas faire ce qu'ils veulent, du coup elle est toujours emmerdée dans ces cas-là. Et dès que la Droite la lance sur l'insécurité et l'immigration, elle est foutue.
Mais là, Hollande a tenu bon. Mieux, il a remporté cette manche qui était pourtant réservée à Sarkozy. Celui-ci s'est lancé dans ses discours habituels, encore plus orduriers depuis 10 jours, en faveur du retour des frontières, de la réduction des flux migratoires, de la rétention des familles d'immigrés dans des camps, contre le vote des immigrés aux élections locales par peur que ceux-ci instaurent dans les collectivité ainsi "influencées" des règles anti républicaines, comme les fameux horaires des piscines, qui passionnent tant la France... bref, une odeur infecte, brune, s'emparait du plateau. Infecte, mais prévisible.
Hollande l'a repris parfaitement. Il lui a demandé pourquoi les immigrés, selon Sarkozy, étaient forcément Musulmans. Premier direct parfaitement envoyé, surtout que ça a forcé Gnafron à concéder qu'il y pensait, vu qu'il a évoqué l'immigration maghrébine et noire-africaine. Bref, le masque est tombé, sous l'uppercut d'Hollande. Ensuite, il a dit au nabot qu'il y avait déjà des Musulmans, Français, qui votaient à toutes les élections, sans que ces derniers ne soient encore parvenus à transformer une municipalité ou un département en un califat reculé d'Europe de l'Ouest. Bref, il a adressé de véritables arguments de gauche à Sarkozy, après des décennies de balbutiements de candidats de gauche incapables de l'être vraiment, de gauche. Parce que la vérité, elle est là : il n'y a pas trop d'immigrés en France, il y a trop de racistes. Et ce sont plus ces derniers qui pourrissent la France que ces immigrés qui ne sont jamais que les héritiers de ceux qui, durant des siècles, ont bâti ce pays d'accueil, de tolérance et de mélange qu'il a toujours été, ce creuset des cultures qui a enrichit la France comme peu d'autres dans le monde. Les héritiers des Italiens et des Polonais, il y a un siècle, et même avant. Aujourd'hui, quel raciste crie qu'il y a trop d'Italiens ou de Polonais en France ? Personne, vu que le débat s'est déplacé sur le plan religieux, et ces derniers sont de bons Chrétiens qui ne risquent pas de dénaturer notre beau pays catholique avec des minarets, des nikabs ou des prières dans la rue... Les charters pour Rome, ils attendant toujours à Orly qu'on les remplisse.
Bref, c'était un vrai bon kiff. J'avais un a priori sur Hollande, et je dois dire qu'il m'a impressionné, ça fait plaisir de ne pas avoir à voter à reculer pour le PS, pour une fois. Maintenant, il reste moins de quatre jours avant l'élection. Dans les sondages, jusqu'à hier Hollande restait devant Sarkozy, qui a récupéré tout de même un point ou deux à force de poursuivre un par un les électeurs du FN. On ne peut pas lui retirer sa ténacité, sa combativité. Mais c'est à peu près tout ce qui lui reste aujourd'hui. En tous cas, même si rien n'est joué et que les indécis peuvent encore changer la donne, ce serait assez incroyable qu'avec son apparente avance, et surtout après un tel débat, Hollande s'incline. Même Copé et Morano ne semblaient plus croire les éléments de langage positifs qu'ils débitaient cette nuit. J'espère ne pas me tromper, parce que la déception serait... atroce. Mais pas autant que les 5 années qui nous attendraient ensuite.
Je vous laisse.
Je ne sais pas vous, mais moi je me suis régalé ce soir. Et pourtant, je n'ai pas complètement profité de ce débat, vu que je bossais et donc que, hormis quelques jets d'œils vers la télé, ceux ci étaient concentrés sur mon écran d'ordi. Je l'ai donc suivi essentiellement comme si je l'écoutais à la radio... avec quelques images, de temps en temps. Et ma tweeteuse préférée derrière, qui me relayait ce qui se passait sur cet étrange réseau social que j'ai eu beaucoup plus de mal à m'approprier que Facebook, tellement plus simple.
J'ai du voir tous les débats depuis 1995, date de ma première présidentielle. J'avais... hum, 20 ans, et j'avais enregistré ce débat, en me disant que je garderais ce moment d'histoire, comme j'aurais aimé en avoir d'autres en boîte, et que j'enregistrerais les autres ensuite. Pour moi, tous les moyens sont
Bon, finalement j'ai perdu la cassette, ou alors elle a du être effacée... et puis avec le net, aujourd'hui, ce sont des images à la portée du premier imbécile (présent !) venu. Et puis, il faut être honnête, la joute entre Jospin et Chirac, disputée dans un décor bleu fluo épouvantable, avait abouti à une bouillie sans nom, technocratique, soporifique, et sans la moindre chair. Tout l'inverse, en gros, de ce qui s'est passé ce soir.
Quoique non, ce débat a quand même été riche en chiffres, un peu trop diront certains. C'est ça le problème, les gens ne demandent que ça, s'intéresser à la politique, mais ils voudraient que ça ressemble à une émission de Castaldi, où les seuls chiffres seraient les mensurations des bimbos baignant dans la piscine ou le numéro de téléphone à appeler pour éliminer les phares d'intelligence qui leurs servent de candidats. Mais non, la politique, c'est aussi des chiffres, parce que pour mesurer des tendances, des objectifs, des résultats surtout, ben les chiffres, c'est quand même très utile, à défaut d'être la panacée. Même si c'est très rébarbatif, faut savoir ce que l'on veut. On a beau mettre de jolies couleurs, une musique qui fait peur et Ken et Barbie à la présentation, le fond de la politique c'est quand même sérieux. Même si, parfois, ça ne vole pas toujours très haut.
Pour ma part, j'ai trouvé ce débat exceptionnel, tout simplement. Finalement, en... hum, 17 ans de droit de vote à cette élection, c'était mon quatrième débat, vu qu'il n'y en a pas eu en 2002, et encore heureux. Et jamais je n'avais senti une telle tension, un telle adrénaline, une telle envie de gagner chez les deux candidats. Pourtant, ça aurait pu être le cas dans les précédents débats, mais non, à côté ces derniers ressemblent, a posteriori, à d'aimables concours de rimes à Saint-Germain-des-Prés.
Ça a été musclé, ça a été rythmé, et les deux présentateurs, du fond de leurs pots de fleurs, n'ont que très rarement réussi à imposer le fil prévu pour ce débat. Jamais, je crois, deux candidats avaient eu autant envie de gagner la présidentielle, en fait. Normal : ça fait 24 ans que la Gauche n'en a pas gagné, soit trois défaites consécutives, et si elle ne gagnait pas celle-ci, après le pire mandat présidentiel de la Vème République, elle ne pouvait en gagner aucune. De son côté, la Droite est au pouvoir depuis si longtemps, et elle est si intensément incarnée par l'ultra égotique Sarkozy depuis 5 à 10 ans, qu'il lui paraît inconcevable d'abandonner des manettes qu'elle considèrera toujours, quoiqu'il arrive, comme les siennes. Le pouvoir doit revenir à la Droite, c'est bien connu. Et comme Sarkozy est le plus fort, impossible qu'il perde, logique. La loi de la jungle, je vous dit.
Il n'empêche, Hollande lui a mis une belle volée. Bien sûr, Sarkozy reste Sarkozy, il n'a rien lâché, quitte à s'enfoncer dans des mensonges qui auraient du lui faire honte, même à lui qui n'a jamais peur d'aller trop loin. Mais il ne s'est pas heurté à un édredon, qui lui aurait mollement renvoyé ses balles, il est tombé sur un mur. Mieux, ce fut même lui le mur par moment, sur lequel Hollande aurait joué tranquillement au tennis. Sarkozy contraint à tenter d'éviter les exocets du présumé Flamby, voilà une saveur que je n'aurais pas imaginé goûter un jour, et notamment en cet instant.
Il ne faut pas se le cacher, le peuple de Gauche avait peur de ce débat. Et c'est évidemment pour cela, et pas simplement par respect des traditions, ce qui n'est pas très de gauche, qu'elle ne voulait pas des trois débats proposé - je veux dire exigé, c'était Sarkozy quand même - par la majorité dès le soir du premier tour. Lui-même devait avoir des doutes sur ses capacités à résister à un tel bretteur, un débatteur de ce calibre. Sérieusement, qui, même au plus près d'Hollande, croyait que ce dernier
réussirait à bousculer à ce point Sarkozy, au point que lui et ses soutiens, après le débat, se sont plaints de son agressivité ? Relever cette dernière, c'était bel et bien démontrer qu'ils avaient été surpris par la performance d'Hollande, qu'ils ne s'attendaient pas à ce que le gros joufflu des précédentes joutes entre les deux hommes rosserait de la sorte leur champion imbattable. Car c'est pour cela aussi qu'ils voulaient les trois débats, pas pour vouloir parler de tout, dans un soucis de "vérité" qui n'aura jamais été celui de Sarkozy depuis 10 ans, mais bel et bien parce qu'il leur semblait que le président, cette bête de télé, ce surhomme, allait en profiter pour grignoter à chaque fois quelques voix à ce tout mou d'Hollande. Ce soir, je me dis que certains, à l'UMP, doivent être soulagés que ce dernier ait refusé. Et que d'autres, au PS, aurait peut-être finalement voulu qu'il en concède un ou deux de plus à son adversaire, histoire d'enfoncer le clou.Ce qui a été fort, en dehors de la tirade "moi, président de la République", qui a envoyé Sarkozy dans les cordes durant trois minutes, et qui restera, pour la légende, comme le grand moment de ce débat, c'est que Hollande se soit finalement montré le plus convainquant là où on pensait qu'il souffrirait le plus : l'immigration. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas un thème sur lequel la Gauche est bonne. Et pourquoi cela ? Parce qu'à ses yeux - et elle a bien raison - ce n'est pas un thème important, ce n'est pas ça qui devrait diriger la politique de la France, c'est un faux problème, une chimère. Non seulement il n'y a pas trop d'immigrés en France, mais l'immigration rapporte de l'argent au pays, elle l'enrichit, et pas seulement financièrement. La Gauche est de tradition internationale, elle doit prôner l'échange, le mélange, l'universitalité, l'entente des peuples. Parler de l'immigration, pour elle, c'est comme parler de lutte contre la misère pour la Droite, c'est un effort inutile qui lui coûte et de l'énergie, et des voix. Problème, ça semble intéresser les gens. Bizarre d'ailleurs, parce que quand on leur demande ce qui les intéresse plus, ils répondent d'abord la lutte contre le chômage, la dette et compagnie, et l'immigration à 3 % seulement. Mais ils sont aussi d'accord avec les idées du FN à hauteur de 37 %, ce qui est dramatiquement élevé, et la moitié vote pour ce dernier, tandis que l'autre vote essentiellement Sarkozy. Que voulez vous que la Gauche fasse dans cette bouillasse infâme ? Que faut-il faire pour parler aux cons, tout en ne donnant pas l'impression qu'on veut les éduquer ? La Gauche ne peut pas faire ce qu'ils veulent, du coup elle est toujours emmerdée dans ces cas-là. Et dès que la Droite la lance sur l'insécurité et l'immigration, elle est foutue.
Mais là, Hollande a tenu bon. Mieux, il a remporté cette manche qui était pourtant réservée à Sarkozy. Celui-ci s'est lancé dans ses discours habituels, encore plus orduriers depuis 10 jours, en faveur du retour des frontières, de la réduction des flux migratoires, de la rétention des familles d'immigrés dans des camps, contre le vote des immigrés aux élections locales par peur que ceux-ci instaurent dans les collectivité ainsi "influencées" des règles anti républicaines, comme les fameux horaires des piscines, qui passionnent tant la France... bref, une odeur infecte, brune, s'emparait du plateau. Infecte, mais prévisible.
Hollande l'a repris parfaitement. Il lui a demandé pourquoi les immigrés, selon Sarkozy, étaient forcément Musulmans. Premier direct parfaitement envoyé, surtout que ça a forcé Gnafron à concéder qu'il y pensait, vu qu'il a évoqué l'immigration maghrébine et noire-africaine. Bref, le masque est tombé, sous l'uppercut d'Hollande. Ensuite, il a dit au nabot qu'il y avait déjà des Musulmans, Français, qui votaient à toutes les élections, sans que ces derniers ne soient encore parvenus à transformer une municipalité ou un département en un califat reculé d'Europe de l'Ouest. Bref, il a adressé de véritables arguments de gauche à Sarkozy, après des décennies de balbutiements de candidats de gauche incapables de l'être vraiment, de gauche. Parce que la vérité, elle est là : il n'y a pas trop d'immigrés en France, il y a trop de racistes. Et ce sont plus ces derniers qui pourrissent la France que ces immigrés qui ne sont jamais que les héritiers de ceux qui, durant des siècles, ont bâti ce pays d'accueil, de tolérance et de mélange qu'il a toujours été, ce creuset des cultures qui a enrichit la France comme peu d'autres dans le monde. Les héritiers des Italiens et des Polonais, il y a un siècle, et même avant. Aujourd'hui, quel raciste crie qu'il y a trop d'Italiens ou de Polonais en France ? Personne, vu que le débat s'est déplacé sur le plan religieux, et ces derniers sont de bons Chrétiens qui ne risquent pas de dénaturer notre beau pays catholique avec des minarets, des nikabs ou des prières dans la rue... Les charters pour Rome, ils attendant toujours à Orly qu'on les remplisse.
Bref, c'était un vrai bon kiff. J'avais un a priori sur Hollande, et je dois dire qu'il m'a impressionné, ça fait plaisir de ne pas avoir à voter à reculer pour le PS, pour une fois. Maintenant, il reste moins de quatre jours avant l'élection. Dans les sondages, jusqu'à hier Hollande restait devant Sarkozy, qui a récupéré tout de même un point ou deux à force de poursuivre un par un les électeurs du FN. On ne peut pas lui retirer sa ténacité, sa combativité. Mais c'est à peu près tout ce qui lui reste aujourd'hui. En tous cas, même si rien n'est joué et que les indécis peuvent encore changer la donne, ce serait assez incroyable qu'avec son apparente avance, et surtout après un tel débat, Hollande s'incline. Même Copé et Morano ne semblaient plus croire les éléments de langage positifs qu'ils débitaient cette nuit. J'espère ne pas me tromper, parce que la déception serait... atroce. Mais pas autant que les 5 années qui nous attendraient ensuite.
Je vous laisse.
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