J'irai bien faire un tour au Brésil encore aujourd'hui, mais je dois parler d'hier.
Pourtant rarement j'ai eu autant de mal pour poser des mots sur ce que je ressens depuis une trentaine d'heures maintenant. Branché, vissé à iTélé, je scrute mon écran pour savoir quoi penser, essayer de comprendre pourquoi le monde, telle une balançoire défaillante, un peu bancale, un peu rouillée, se met tout d'un coup à nous envoyer dans le décor, alors qu'on demandait juste à fendre tranquillement l'air, en tendant les pieds vers l'avant, puis vers l'arrière. Pourquoi, une fois par décennie, tout craque, les coutures du rideau cèdent et nous laissent entrevoir le côté sombre de la petite comédie que notre société nous joue pour nous donner l'impression que nos existences ont un sens. Pour nous faire croire que le seul but dans la vie, c'est de se lever tôt pour aller trimer pendant quarante ans, histoire de pouvoir se payer un beau cercueil. Des fois, des évènements soulèvent le voile et nous montrent combien tout cela est du vent, combien tout cela est dérisoire. Comparé à l'essentiel, à savoir la vie, et son infinie fragilité.
On est habitué à entendre aux infos que des gens sont morts. Des vieux, parce qu'ils n'avaient plus d'essence, des soldats, parce que leur métier est de risquer leurs vies, des otages, parce que des gens leurs ont déjà volé une partie de leur existence et les privant de liberté, des quidams dans des accidents, parce que la vie sélectionne arbitrairement, comme ça, au hasard, en fermant les yeux et en pointant du doigt des malchanceux. Ça nous attriste, ça nous touche, on se dit "oh merde, c'est dingue ça", parce que voilà, c'est moche de mourir, mais ça ne nous détourne pas vraiment quand même du déroulé de nos vies à nous, qui ont l'audace de continuer. Est-ce que vous êtes restés prostrés devant votre télé quand Robin Williams ou Joe Cocker sont morts ces derniers mois ? Pas sûr, non. Ce sont des chapitres que l'on clôt, tout au plus. Dans une poignée d'années, on essaiera de se rappeler, en vain, de l'année de leur décès. Parce qu'aussi déplorables soient-ils, ils se seront noyés dans l'océan des nouvelles tristes qui ponctuent nos journées de camés de l'info.
Non, là c'est différent. Ces sont des gens qui devraient mourir comme leur aîné Cavana, vous savez, vieux, avec une grosse moustache et un air fripon, un mélange entre le vieux con et le nostalgique de mai 68. Tranquillement, de vieillesse, à sa table à dessin, devant un western, en écoutant du jazz, que sais-je. Une mort paisible, après avoir agité pendant tout une vie les consciences et les intelligences avec des dessins ou des textes brillantissimes, insolents, après avoir passé des décennies à décrire des époques différentes, des gens différents, les ridiculiser, les parodier, à ne trembler devant personne, parce que pourquoi trembler ? On a beau dessiner la bite de Hollande, il ne va rien nous arriver de grave non ? Un contrôle fiscal, à la rigueur... Vu qu'on vit dans un pays terriblement libre, on s'en rend paradoxalement compte alors même que la liberté a pris un autobus dans la gueule hier, le dessinateur le plus insolent qui soit ne peut risquer sa vie pour ses œuvres, normalement. Pas vrai ?
Mais non, eux sont morts comme à une époque révolue, qui n'a pu exister que sous l'occupation ou, avant cela, sous les rois ou les empereurs. A l'époque où La Fontaine devait ruser en utilisant des animaux pour se moquer du roi. Même sous De Gaulle et son ORTF, et son ministère de l'information bouclé à double tour, il y avait des caricatures. D'accord, Hara Kiri avait été fermé après sa une "bal tragique à Colombey, un mort", le lendemain de la mort du Général. Mais les dessinateurs qui y travaillaient s'étaient retrouvés au chômage, pas étendus sur le sol de leur salle de rédaction, criblés de balles. Ce sont des actes, des images de temps non pas révolus, mais carrément anachroniques. Comment est-ce possible ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ce genre d'évènements changent le monde, et souvent on peu deviner ce qui va se passer ensuite. Le 11 septembre, par exemple, on a tout de suite senti que deux civilisations allaient se retrouver face à face, et que même si on savait qu'on ne devait pas céder aux instincts les plus bas, ça n'allait pas aller mieux sur ce plan. Et, de fait, la défiance et la haine à peine voilée entre l'occident et le moyen-orient n'a cessé de monter depuis plus de 13 ans. Pour aboutir à ça. Parce que c'est ça, aussi. Ce massacre à Charlie Hebdo, c'est une des balles perdues du carnage de Manhattan. Le monde dans lequel on essaie de nager est l'enfant de cette rencontre terrible de l'automne 2001, entre un occident débarrassé depuis une décennie de la menace soviétique et qui se croyait enfin seul au monde, et des fondamentalistes islamiques qui sentaient qu'il y avait une place à prendre en face du grand Satan.
Peut-on mesurer l'ampleur du désastre ? Cinq des meilleurs dessinateurs de France ont disparus du paysage, parmi les plus féroces, les plus talentueux, les plus mythiques aussi. Charb, Tignous, Honoré, ce n'était pas rien déjà. Mais Cabu et Wolinski... excusez-moi mais là, c'est encore plus terrible. Comment imaginer que l'éternel Wolinski, le fabuleux Wolinski, comment concevoir que le génial Cabu, comment ces mecs là qui dessinent la France et sa société sous toutes leurs coutures depuis cinq ou six décennies, depuis les époques De Gaulle ou Pompidou, avant le net, à l'époque des trois chaînes, avant que les femmes puissent ouvrir un compte en banque sans demander l'autorisation à leur mari, depuis toujours quoi, merde, comment ces mecs là ont pu finir leurs vies sous les balles de deux abrutis encagoulés et embrigadés ?
Je sais qu'une vie en vaut une autre, et que les autres, celles des policiers, celles des inconnus qui sont également tombés hier, méritent également tous les honneurs. Mais pour moi, hier, on a assassiné Coluche six fois, tout simplement. Les cinq dessinateurs et Bernard Maris, le chroniqueur de France Inter. Je vais me faire tuer par mes amis indécrottables optimistes, qui ne veulent voir que le positif - alors qu'ils ont pourtant plein de raisons, plus que moi, même, de sombrer dans la dépression parfois - mais les pessimistes ont raison, le monde ne va pas dans la bonne direction. Je cherche désespérément une nouvelle, la nouvelle, qui me ferait croire en un avenir meilleur. Les rassemblements spontanés ? Oui c'est beau, c'est magnifique, et ça prouve qu'une partie de la population, au moins, est encore dotée d'une conscience et d'un amour pour la justice. Et ça va inciter pendant quelques temps - une semaine ? Plusieurs ? - la classe politique à s’afficher unie et solidaire. Comme si la France pouvait fonctionner comme ça sur la durée. Mais même ça n'est pas vraiment souhaitable, pour le débat démocratique. Un monde où tout le monde serait d'accord ? Il n'y aurait plus de Charlie Hebdo alors.
Non, cet évènement va provoquer ce qu'on peut déjà poindre à l'horizon, et même plus près que ça, dans les insinuations de l'extrême droite et de la Droite Forte, quand ces tristes sires évoquent notre "civilisation" attaquée, quand la mère Le Pen parle déjà de retour de la peine de mort alors que les corps de Cabus et ses collègues ne sont pas encore refroidis après avoir insisté lourdement sur le caractère islamiste de l'attentat, quand Dupont-Aignan, dans les instants qui ont suivi le massacre, réclamait la fermeture des frontières... on y va tout droit, à l'étape suivante. Le Pen au deuxième tour ? Des mairies FN ? De la roupie de sansonnet. Une grande partie du pays réclame du populisme, peu de réflexion, beaucoup d'action, quelle qu'elle soit. Elle veut de la force, elle ne veut pas savoir pourquoi ni comment, juste quelqu'un qui donne l'impression de la guider. Oui, une partie de la France est ouvertement raciste, on ne peut plus aller dans un commerce, sur un forum, lire des commentaires, sans croiser un livre là-dessus, des propos là-dessus. C'est partout, c'est étouffant, c'est omniprésent. Et la catastrophe d'hier va précipiter tout ça. Comment croire que le peuple va renouveler sa confiance en Hollande ou en Sarkozy ? S'il n’écoute pas Mélenchon - il devrait -, il écoutera Le Pen. Et là, mes amis, tous aux abris.
Je vous laisse. RIP Charlie.
jeudi 8 janvier 2015
mercredi 26 novembre 2014
Titi au Brésil - 3
Jour
3. Aujourd'hui c'est le grand jour. Le Brésil a beau être un pays que
le monde entier rêve de visiter - à raison -, il faut se dire les
choses, si on est venu à grands frais de l'autre côté de l'Atlantique et
de l’Équateur, c'est aussi parce qu'il y avait une Coupe du Monde qui
se déroulait ici. J'aurais sûrement voulu visiter Rio un jour, mais
c'est le Mondial qui a fait s'accélérer les choses. Et aujourd'hui, 25
juin, c'est le jour de France-Equateur, à 17h heure locale (22h en
France).
On a donc le temps de faire autre chose en attendant, mais on part quand même très tôt, avec l'intention surtout d'ARRIVER très tôt au Maracana. Après avoir pris notre petit dej et nos précautions habituelles - les trucs anti-moustiques - nous voici repartis, mon drapeau offert par mes amis avec leurs noms dessus sur mes épaules. C'est tout ce que j'aurais de Français sur moi... En chemin, nous nous arrêtons pour visiter la fameuse cathédrale conique de Rio, San Sebastien (ou São Sebastião). De l'extérieur, il faut l'avouer, elle ne donne pas franchement envie. Elle ressemble aux églises modernes et moches qu'on rencontre en banlieue parisienne, bétonnées et sans le moindre début de charme, des bâtiments qui ont du mal à évoquer Dieu chez toi, hormis dans la phrase : "nom de Dieu, qu'elle est moche". Elle est juste plus grande. Et conique, ce qui doit, j'imagine, remplacer les flèches de nos antiques cathédrales européennes pour aider les croyants à aller vers les cieux. C'est vrai que quand on cherche le ciel, on a toujours besoin d'une tour pour savoir de quel côté regarder, c'est pas forcément bien indiqué.
En tous cas, venant d'un peuple aussi dévot, aussi fervent, tellement croyant que le premier réflexe des joueurs du Brésil après l'humiliation subie face à l'Allemagne (1-7) a été de s'agenouiller sur la pelouse pour prier, avoir construit une cathédrale aussi décevante extérieurement m'étonna profondément. Une fois à l'intérieur, en revanche... le spectacle est sublime. Nos photos ne rendront rien malheureusement. C'est sombre, mais les quatre lignes de vitraux menant vers la croix centrale qui forme le plafond sont très beaux. Comme dans Indiana Jones, une croix marque l'emplacement (de dieu, vous avez compris). Quand on est au centre, pile sous la croix, la sensation d'aspiration vers les cieux est saisissante. Bref, l'intérieur sauve l'extérieur. Nos âmes ont été sauvées, alléluia.
Nous continuons notre visite du quartier, et descendons vers le sud et Flamengo. En chemin, nous croisons le Teatro Municipal, puis nos pas nous mènent sur la place Alagoas qui lui fait face, jusqu'à la station Cinelândia... qui se trouve être fermée. Damn'it ! C'est pas grave, on continue de marcher vers Flamengo, on se perd un petit peu, on se retrouve devant la fameuse voie rapide de la veille sur laquelle chaque conducteur semble vouloir faire son petit Fast & Furious. Nous empruntons une passerelle, de l'autre côté, d'après notre précieuse carte qui prendra dix ans rien qu'à stationner dans ma poche pendant une semaine, se situe le musée d'art moderne. Non, ça c'était pas prévu... une autre fois peut-être... On repart dans l'autre sens, toujours à pied, et remontons vers le nord et vers ce qu'ils appellent le Centro, en fait le quartier historique situé au nord-est de la ville, à proximité des docks. En chemin, nous croisons quelques jolies églises, des vraies cette fois ci. On entre notamment dans la remarquable Cathédrale Notre-Dame-du-Mont-Carmel, juste après l'ancien Palais Impérial, aujourd'hui centre culturel dont les marches sont recouvertes d'étudiants.
Nous voilà près des docks. En face de nous, de l'autre côté de l'eau, se dresse une ile au nom flippant, l'Ilha das Cobras - oui, en Portugais, cobra se dit... cobra. De là où on est, ça a pas l'air d'être très effrayant pourtant. Y a que des militaires dessus, ça a l'air assez pépère. On repart vers le nord-ouest, il commence à se faire tard dans la matinée, on a marché un bon moment... j'ai décidé qu'on irait manger à Catete, dans le resto a kilo où j'ai mangé la veille au soir avec mon chef. Les restos a kilo portent bien leurs noms : on remplit son assiette - c'est donné, donc vous pouvez y aller - et vous payez au poids, c'est pas compliqué. Et c'est très varié, vous avez de tout. Pour y aller, en absence de métro proche - on en a marre de marcher - on se décide de prendre le taxi.
C'est marrant parce que depuis plus de dix ans que j'habite pas trop loin de Paris, où je passe l'essentiel de mes loisirs, je n'y ai JAMAIS pris le taxi. Et là, à Rio, comme un bon touriste qui se respecte, je vais le prendre plusieurs fois en six jours. La veille, je l'avais déjà pris pour revenir de Catete, je le sentais mieux que le métro à minuit, et ça a l'avantage de vous offrir une balade dans la ville. C'est pas super cher, même si ça reste plus cher que le métro, évidemment. Ce qui est fendard, c'est que la veille mon chauffeur me ramené à l'hôtel... en matant sa série préférée sur une mini télé installée à côté de son volant ! Hallucinant. Là, pour nous emmener dans le même quartier, le chauffeur se contentera de conduire, ce dont nous lui serons gré. On ne sait jamais, vous imaginez un taxi qui mate 24 ou Homeland et qui fait un écart parce qu'un personnage important se fait plomber ? Hilarant !
Bref, il nous dépose pas loin de là où on va manger, mais avant d'y aller on se balade dans le remarquable jardin du Palacio de Catete, l'ancien palais présidentiel au aujourd'hui le musée de la République. Un immense espace vert garni d'arbres et d'oiseaux divers et variées. Une parenthèse de calme en pleine ville. Ensuite on mange et hop, on prends le métro, direction le Maracana. L'avantage d'une ville avec deux petites lignes de métro ? C'est direct jusqu'au au stade, quelque soit l'endroit où vous êtes...
Au fur et à mesure qu'on avance, le métro se remplit de supporters bleus, mais surtout jaunes. Nous, on discute - enfin mon père discute - avec des Marseillais à l'accent authentique, qui ont un billet en trop et qui cherchent quelqu'un à qui le vendre. Je ne me fais pas trop de soucis pour eux, ils devraient trouver... y a deux sports qui se disputent dans ou autour d'un stade de foot, n'importe lequel, même de Coupe du Monde : du foot, et du marché noir. Une fois arrivés à la station de métro, ils trouveront leur bonheur en la personne d'un... Équatorien.
Les alentours du stade sont sinistres. De chaque côté, des favelas. Nous on est tranquille, on passe entre, bien protégés par des GI Joes à l'air réglementairement peu aimable. Le stade ? Oui c'est le Maracana, d'accord, un stade mythique, ok. On a surtout l'impression d'être à Saint-Denis, sur le point de s'approcher du Stade de France. Sublime, oui, historique - mais entièrement reconstruit - ok, mais banal, finalement. Je m'y attendais, donc la déception est relative, et puis ça reste LE grand stade du Brésil, c'est quand même pas commun pour un Français.
Évidemment, on est hyper en avance, il est 14h. En attendant on se poste près d'un bar qui, ce mois ci, va faire l'équivalent de deux ans de son chiffre d'affaire, au moins, et qui diffuse le match entre le futur finaliste malheureux, l'Argentine de Messi, auteur d'un doublé, et le Nigeria, battu finalement 3-2. A ce moment là, on ne sait pas encore lequel des deux pays on va affronter, puisque c'est de ce groupe que sortira notre futur adversaire en huitièmes. La victoire des Argentins, étrangement présents autour de nous devant le bar, nous rassure : si on ne perd pas, on les évitera.
Ça se remplit autour du stade. Un Père Fourras low cost - un druide, quoi -, entouré de sa clique, déjà bien imbibé, entonne des chants à la gloire de Benzema et ses collègues. En face, les Équatoriens, plus nombreux, masse jaune compacte, chantent également. "Si se puede ! Si se puede !" Si Obama passe dans le coin, il ramasse en droits d'auteurs. Nous, on se prends en photo avec deux "adversaires", que je soupçonne de se foutre un peu de nous au moment du clic. Je parle pas assez bien espagnol pour en être sûr mais c'est pas grave, c'est sympa. Là encore, d'ici à ce que je face une photo avec un équatorien... j'aurais une longue barbe blanche, et je pourrais remplacer avantageusement le Panoramix de pacotille dont la perruque semble déjà vouloir prendre son indépendance...
Finalement, les portes s'ouvrent. Il est encore tôt, on va bien poireauter deux heures, mais c'est pas grave là encore, on profite. On monte le long de rampes au bout desquelles de gentils jeunes avec de fausses mains en mousse nous indiquent un chemin pourtant évident. C'est soit on continue de monter, soit on saute dans le vide. Si on se prend 4-0 on reconsidèrera cette option après le match, mais pas avant. Et puis nous voilà devant l'ovale du stade, quasi vide à ce moment là.
Je ne vais pas vous décrire un stade, vous en avez déjà vu. C'est immense, élégant, mais impersonnel, évidemment. Avant, on savait où un match se jouait parce que ça se voyait, chaque stade était imprégné du lieu et du pays qu'il représentait. Mais la FIFA est passée par là, et aujourd'hui tous les stades sont calibrés pour tous se ressembler. Même le Maracana... vu à la TV, un match de Coupe du Monde au Brésil pourrait tout aussi bien se passer à Stuttgart ou Johannesburg. Bref. J'essaie de montrer mon drapeau à la télé, sans succès. Les caméras filment au bord des tribunes, pas plus loin. Tant pis !
Le match ne fera pas partie non plus de nos plus grands souvenirs. On aura l'honneur d'assister à un des deux seuls 0-0 du premier tour, le deuxième. C'est pas grave, on est qualifié et premier, c'est nickel. Honnêtement, je me doutais que ça n'allait pas être un grand match si la France était déjà quasi qualifiée avant le coup d'envoi. Mais on voulait voir un match de Coupe du Monde au Brésil, c'était le but. Objectif atteint. Maintenant, on va pouvoir se consacrer à plein temps à une des plus belles villes du monde.
Vider un stade de 80 000 personnes avec une seule station de métro, c'est comme tirer la chasse après une très grosse gastro : ça prend du temps. On y parviendra péniblement, et en chemin on décide d'aller dîner à Lapa, dans le quartier de la nuit dont j'ai déjà parlé, pas très loin de l'hôtel. Effectivement, les rues sont pleines de gens discutant un verre à la main. Mon père en profite pour boire sa première Caïpirinha, une obligation à laquelle je ne me soumettrait pas, même si la lampée empruntée à mon pater ne me dégoutera pas. Mais j'aime pas les alcools un peu forts, alors... pas grave. Le resto, le Boteco do Gomes, encore une fois, sera terrible. Dans une charmante et grande brasserie et pour 40 reals - soit environ 15 euros - vous pouvez déguster des plats extrêmement copieux et variés. Je vais mettre la photo de ce qu'on avait mangé, c'était tellement bon qu'on reviendra le lendemain... Bref voilà, ensuite dodo. Demain, la plage...
A plus tard !
On a donc le temps de faire autre chose en attendant, mais on part quand même très tôt, avec l'intention surtout d'ARRIVER très tôt au Maracana. Après avoir pris notre petit dej et nos précautions habituelles - les trucs anti-moustiques - nous voici repartis, mon drapeau offert par mes amis avec leurs noms dessus sur mes épaules. C'est tout ce que j'aurais de Français sur moi... En chemin, nous nous arrêtons pour visiter la fameuse cathédrale conique de Rio, San Sebastien (ou São Sebastião). De l'extérieur, il faut l'avouer, elle ne donne pas franchement envie. Elle ressemble aux églises modernes et moches qu'on rencontre en banlieue parisienne, bétonnées et sans le moindre début de charme, des bâtiments qui ont du mal à évoquer Dieu chez toi, hormis dans la phrase : "nom de Dieu, qu'elle est moche". Elle est juste plus grande. Et conique, ce qui doit, j'imagine, remplacer les flèches de nos antiques cathédrales européennes pour aider les croyants à aller vers les cieux. C'est vrai que quand on cherche le ciel, on a toujours besoin d'une tour pour savoir de quel côté regarder, c'est pas forcément bien indiqué.
En tous cas, venant d'un peuple aussi dévot, aussi fervent, tellement croyant que le premier réflexe des joueurs du Brésil après l'humiliation subie face à l'Allemagne (1-7) a été de s'agenouiller sur la pelouse pour prier, avoir construit une cathédrale aussi décevante extérieurement m'étonna profondément. Une fois à l'intérieur, en revanche... le spectacle est sublime. Nos photos ne rendront rien malheureusement. C'est sombre, mais les quatre lignes de vitraux menant vers la croix centrale qui forme le plafond sont très beaux. Comme dans Indiana Jones, une croix marque l'emplacement (de dieu, vous avez compris). Quand on est au centre, pile sous la croix, la sensation d'aspiration vers les cieux est saisissante. Bref, l'intérieur sauve l'extérieur. Nos âmes ont été sauvées, alléluia.
Nous continuons notre visite du quartier, et descendons vers le sud et Flamengo. En chemin, nous croisons le Teatro Municipal, puis nos pas nous mènent sur la place Alagoas qui lui fait face, jusqu'à la station Cinelândia... qui se trouve être fermée. Damn'it ! C'est pas grave, on continue de marcher vers Flamengo, on se perd un petit peu, on se retrouve devant la fameuse voie rapide de la veille sur laquelle chaque conducteur semble vouloir faire son petit Fast & Furious. Nous empruntons une passerelle, de l'autre côté, d'après notre précieuse carte qui prendra dix ans rien qu'à stationner dans ma poche pendant une semaine, se situe le musée d'art moderne. Non, ça c'était pas prévu... une autre fois peut-être... On repart dans l'autre sens, toujours à pied, et remontons vers le nord et vers ce qu'ils appellent le Centro, en fait le quartier historique situé au nord-est de la ville, à proximité des docks. En chemin, nous croisons quelques jolies églises, des vraies cette fois ci. On entre notamment dans la remarquable Cathédrale Notre-Dame-du-Mont-Carmel, juste après l'ancien Palais Impérial, aujourd'hui centre culturel dont les marches sont recouvertes d'étudiants.
Nous voilà près des docks. En face de nous, de l'autre côté de l'eau, se dresse une ile au nom flippant, l'Ilha das Cobras - oui, en Portugais, cobra se dit... cobra. De là où on est, ça a pas l'air d'être très effrayant pourtant. Y a que des militaires dessus, ça a l'air assez pépère. On repart vers le nord-ouest, il commence à se faire tard dans la matinée, on a marché un bon moment... j'ai décidé qu'on irait manger à Catete, dans le resto a kilo où j'ai mangé la veille au soir avec mon chef. Les restos a kilo portent bien leurs noms : on remplit son assiette - c'est donné, donc vous pouvez y aller - et vous payez au poids, c'est pas compliqué. Et c'est très varié, vous avez de tout. Pour y aller, en absence de métro proche - on en a marre de marcher - on se décide de prendre le taxi.
C'est marrant parce que depuis plus de dix ans que j'habite pas trop loin de Paris, où je passe l'essentiel de mes loisirs, je n'y ai JAMAIS pris le taxi. Et là, à Rio, comme un bon touriste qui se respecte, je vais le prendre plusieurs fois en six jours. La veille, je l'avais déjà pris pour revenir de Catete, je le sentais mieux que le métro à minuit, et ça a l'avantage de vous offrir une balade dans la ville. C'est pas super cher, même si ça reste plus cher que le métro, évidemment. Ce qui est fendard, c'est que la veille mon chauffeur me ramené à l'hôtel... en matant sa série préférée sur une mini télé installée à côté de son volant ! Hallucinant. Là, pour nous emmener dans le même quartier, le chauffeur se contentera de conduire, ce dont nous lui serons gré. On ne sait jamais, vous imaginez un taxi qui mate 24 ou Homeland et qui fait un écart parce qu'un personnage important se fait plomber ? Hilarant !
Bref, il nous dépose pas loin de là où on va manger, mais avant d'y aller on se balade dans le remarquable jardin du Palacio de Catete, l'ancien palais présidentiel au aujourd'hui le musée de la République. Un immense espace vert garni d'arbres et d'oiseaux divers et variées. Une parenthèse de calme en pleine ville. Ensuite on mange et hop, on prends le métro, direction le Maracana. L'avantage d'une ville avec deux petites lignes de métro ? C'est direct jusqu'au au stade, quelque soit l'endroit où vous êtes...
Au fur et à mesure qu'on avance, le métro se remplit de supporters bleus, mais surtout jaunes. Nous, on discute - enfin mon père discute - avec des Marseillais à l'accent authentique, qui ont un billet en trop et qui cherchent quelqu'un à qui le vendre. Je ne me fais pas trop de soucis pour eux, ils devraient trouver... y a deux sports qui se disputent dans ou autour d'un stade de foot, n'importe lequel, même de Coupe du Monde : du foot, et du marché noir. Une fois arrivés à la station de métro, ils trouveront leur bonheur en la personne d'un... Équatorien.
Les alentours du stade sont sinistres. De chaque côté, des favelas. Nous on est tranquille, on passe entre, bien protégés par des GI Joes à l'air réglementairement peu aimable. Le stade ? Oui c'est le Maracana, d'accord, un stade mythique, ok. On a surtout l'impression d'être à Saint-Denis, sur le point de s'approcher du Stade de France. Sublime, oui, historique - mais entièrement reconstruit - ok, mais banal, finalement. Je m'y attendais, donc la déception est relative, et puis ça reste LE grand stade du Brésil, c'est quand même pas commun pour un Français.
Évidemment, on est hyper en avance, il est 14h. En attendant on se poste près d'un bar qui, ce mois ci, va faire l'équivalent de deux ans de son chiffre d'affaire, au moins, et qui diffuse le match entre le futur finaliste malheureux, l'Argentine de Messi, auteur d'un doublé, et le Nigeria, battu finalement 3-2. A ce moment là, on ne sait pas encore lequel des deux pays on va affronter, puisque c'est de ce groupe que sortira notre futur adversaire en huitièmes. La victoire des Argentins, étrangement présents autour de nous devant le bar, nous rassure : si on ne perd pas, on les évitera.
Ça se remplit autour du stade. Un Père Fourras low cost - un druide, quoi -, entouré de sa clique, déjà bien imbibé, entonne des chants à la gloire de Benzema et ses collègues. En face, les Équatoriens, plus nombreux, masse jaune compacte, chantent également. "Si se puede ! Si se puede !" Si Obama passe dans le coin, il ramasse en droits d'auteurs. Nous, on se prends en photo avec deux "adversaires", que je soupçonne de se foutre un peu de nous au moment du clic. Je parle pas assez bien espagnol pour en être sûr mais c'est pas grave, c'est sympa. Là encore, d'ici à ce que je face une photo avec un équatorien... j'aurais une longue barbe blanche, et je pourrais remplacer avantageusement le Panoramix de pacotille dont la perruque semble déjà vouloir prendre son indépendance...
Finalement, les portes s'ouvrent. Il est encore tôt, on va bien poireauter deux heures, mais c'est pas grave là encore, on profite. On monte le long de rampes au bout desquelles de gentils jeunes avec de fausses mains en mousse nous indiquent un chemin pourtant évident. C'est soit on continue de monter, soit on saute dans le vide. Si on se prend 4-0 on reconsidèrera cette option après le match, mais pas avant. Et puis nous voilà devant l'ovale du stade, quasi vide à ce moment là.
Je ne vais pas vous décrire un stade, vous en avez déjà vu. C'est immense, élégant, mais impersonnel, évidemment. Avant, on savait où un match se jouait parce que ça se voyait, chaque stade était imprégné du lieu et du pays qu'il représentait. Mais la FIFA est passée par là, et aujourd'hui tous les stades sont calibrés pour tous se ressembler. Même le Maracana... vu à la TV, un match de Coupe du Monde au Brésil pourrait tout aussi bien se passer à Stuttgart ou Johannesburg. Bref. J'essaie de montrer mon drapeau à la télé, sans succès. Les caméras filment au bord des tribunes, pas plus loin. Tant pis !
Le match ne fera pas partie non plus de nos plus grands souvenirs. On aura l'honneur d'assister à un des deux seuls 0-0 du premier tour, le deuxième. C'est pas grave, on est qualifié et premier, c'est nickel. Honnêtement, je me doutais que ça n'allait pas être un grand match si la France était déjà quasi qualifiée avant le coup d'envoi. Mais on voulait voir un match de Coupe du Monde au Brésil, c'était le but. Objectif atteint. Maintenant, on va pouvoir se consacrer à plein temps à une des plus belles villes du monde.
Vider un stade de 80 000 personnes avec une seule station de métro, c'est comme tirer la chasse après une très grosse gastro : ça prend du temps. On y parviendra péniblement, et en chemin on décide d'aller dîner à Lapa, dans le quartier de la nuit dont j'ai déjà parlé, pas très loin de l'hôtel. Effectivement, les rues sont pleines de gens discutant un verre à la main. Mon père en profite pour boire sa première Caïpirinha, une obligation à laquelle je ne me soumettrait pas, même si la lampée empruntée à mon pater ne me dégoutera pas. Mais j'aime pas les alcools un peu forts, alors... pas grave. Le resto, le Boteco do Gomes, encore une fois, sera terrible. Dans une charmante et grande brasserie et pour 40 reals - soit environ 15 euros - vous pouvez déguster des plats extrêmement copieux et variés. Je vais mettre la photo de ce qu'on avait mangé, c'était tellement bon qu'on reviendra le lendemain... Bref voilà, ensuite dodo. Demain, la plage...
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