vendredi 17 octobre 2008

Après la veste, le pantalon


Hello,

Juste un petit post pour compléter l'avant-dernier. Je me balladais dans mes stats sur l'Equipe de France, j'en ai fait de nouvelles aussi, et y a de quoi dire quand même.

Pour contrebalancer l'inattendue hagiographie raillée par le taquin Zaza, il faut quand même regarder les chiffres, et là c'est pas bon pour Raymond. Je ne parle pas des 15 buts encaissés en 7 matches, une moyenne que la France n'avait jamais eue depuis l'après guerre, même dans les années 60. En revanche, je vais évoquer qu'en 2008, la France tourne à 1,15 points par matches (j'utilise la victoire à 2 points, nettement plus juste et équilibrée que celle à trois), la plus mauvaise moyenne depuis 1992... Domenech est le plus mauvais sélectionneur des quatre qui ont dirigé la grande équipe de France, depuis 1994, puisqu'il tourne à 1,42, contre 1,53 au total. Il a un bon pourcentage de défaites (13,55, mieux que Lemerre) mais un mauvais de victoires (55,93, cinquième total après guerre). Enfin, chiffre paradoxal par rapport à la période actuelle, l'équipe de Domenech a la 3e meilleure défense après-guerre (0,64) mais la... 10e attaque (1,47) ! C'est moins que Fontaine, qui avait perdu ses deux matches, Boulogne, Houiller, Jacquet, ou le duo Snella/Arribas... c'est ce qui s'appelle un point noir.

Oui je sais, il dirige une équipe jeune et de transition, mais là je parle de chiffres qui couvrent les matches depuis 2004, lorsqu'il a succédé à santini, le recordman des chiffres en terme de moyenne (1,71), de défaites (5,66), de succès (78,57), de buts pour (2,46) et contre (0,46). Il a quand même eu Thuram, Zidane, Vieira, Henry et toute la bande, et se prive de Giuly, Trézéguet et Pires depuis des années, sans aucune justification sportive.

Je vous laisse.

jeudi 16 octobre 2008

L'histoire de mecs


Salut à tous,

Avant-hier, avec mon ami Dam et mon Amour, on est allés voir l'avant-première du Coluche d'Antoine de Caunes, avec François-Xavier Demaison dans le rôle-titre. Ca va, j'ai mis assez de liens là ? Non parce que je peux en mettre plein moi hein, chuis un fou moi, vous savez.

J'aime bien les avant-premières, notamment pour ce qu'ils appellent des "débats" avec l'équipe du film. Là on a eu droit au deux qui ont littéralement écumé tous les plateaux télés et radios depuis deux-trois semaines, De Caunes et Demaison. Je vous montre quelques photos faites par mon Amour...




J'ai bien aimé le film, mais s'il ne prends pas beaucoup de risques dans la réalisation et l'histoire. On a parfois l'impression d'assister à une suite d'évènements, sans fil directeur, un documentaire quoi, sans traîtement véritable. Mais ce qui est fascinant dans ce film, c'est la reconstitution d'une époque que beaucoup se souviennent (des gens plus vieux que moi, ça va de soit) mais qui reste sous-traîtée au cinéma. On a un gros problème, en France, avec les films sur l'histoire contemporaine du pays, alors qu'aux Etats-Unis, après le temps de deuil réglementaire, très court évidemment, les studios se jettent sur le moindre évènement pour en faire quatre ou cinq films. En même temps, on comprends pourquoi : lorsque le film sur Mitterand est sorti en 2004, les critiques des témoins de l'époque, évidemment nombreux, avaient été nombreuses. De même, la famille de Coluche a émis des "réserves" sur le film, sans parler du procès pathétique de Lederman, trois jours avant la sortie. Comme nous l'a dit De Caunes avant-hier, il avait moins de chance de se faire embêter par les contemporains de Napoléon sur Monsieur N.

Ce qui est drôle, c'est qu'un autre film va sortir, presque sur la même époque puisque son action se termine probablement en 1979, c'est Mesrine. Deux films qui traîtent enfin de la période giscardienne, une période de plomb, d'ennui, l'inflation à deux chiffres, Raymond Barre premier ministre... si on ne vivait pas sous le régime que vous savez, ça ferait presque peur... tient ils avaient aussi la crise eux, c'est marrant. Et à l'époque aussi, on encourageait plus les pauvres à faire des économies, que ceux qui ont le pouvoir à s'en servir pour arranger les choses.

En tous cas la... duologie (?) sur Mesrine, il va falloir m'attacher avec du barbelé blindé pour que je n'y aille pas, même si la perspective de voir un film avec Vincent Cassel n'est pas faite pour m'encourager. A chaque fois que je l'entends parler, je me dis qu'il a du en chier pour être acteur, il a vraiment un gros problème d'élocution, assez préjudiciable pour ce métier...

Je vous laisse.

mercredi 15 octobre 2008

Le Ray est mort, vive le Ray


Salut à tous,

Désolé de vous l'annoncer, mais je vais parler de foot. C'est pas tout ça de parler de crise ou de super héros à tête de cocker, mais y aussi des sujets sérieux à traiter, on est pas là pour s'amuser non plus.

Raymond Domenech a donc été confirmé comme sélectionneur d'un des nombreux et si divers baromètres du moral de l'opinion, j'ai nommé l'Equipe de France. Et ben figurez-vous, m'sieurs dames, que ça me fait plaisir. Si si, et en plus je ne suis même pas cynique, ni ironique, ni cyclique ou frénétique. Ou néphrétique.

Oui, j'étais pour que Raymond Denis se fasse éjecter après l'Euro, durant lequel il avait montré une nullité totalement ubuesque à ce niveau, en tant que tacticien et patron technique, sans compter sa sortie romantico-opportunisto-pathétique au soir de la défaîte contre l'Italie. Difficile de trouver, à ce moment là, une raison, bonne ou mauvaise, pour le garder. Le conseil fédéral y est parvenu, comme quoi même chez les grabataires, l'utopie peut être possible.

Aujourd'hui, mon avis a changé. Et c'est peu dire qu'aujourd'hui, je me sens seul. Bah oui, que ce soit sur les forums de foot ou avec mes collègues, j'ai autant de mal à trouver quelqu'un d'accord avec moi que des raisons pour aller voir Mamma Mia sans m'injecter 30 hectolitres d'ostroegènes avant. Ils sont unanimes, et c'est rien de le dire; en tous cas, 100 % des gens qui se sont exprimés sont contre. Sachant que, comme pour les siffleurs, on entend toujours mieux les mécontents que ceux qui n'ont rien à dire, forcément, c'est logique.

Je crois que les anti Domenech - la France, quoi, et l'Italie aussi - sont juste dégoutés de voir "son" équipe de France - celle de Ray - gagner alors qu'il ne peut que avoir tort, après tout c'est pour ça qu'on le déteste, Ray, non ? parce qu'il a toujours tort, même quand il a raison, comme contre la Serbie, où ses choix et son coaching ont été brillants. Oubliant ainsi qu'il a quand même souvent suivi la tendance (Mandanda) mais bon, l'autocritique est un exercice aussi douloureux que difficile. J'en sais quelque chose.

N'empêche que le Ray n'a pas peur. Avec un groupe ou les cadres blessés (Vieira, Sagnol, Ribéry) sont nombreux, que des anciens (Makelele, Coupet) ont quitté, et où les jeunes foisonnent, et ce n'est pas un mot en l'air (Gourcuff, Benzema, Ben Arfa, Mandanda, Clichy, L.Diarra ont moins de 23 ans, sans compter Fanni ou Sinama Pongolle, qui débutent), et dans un climat absolument hallucinant de révolution française, version terreur et tête qui roule, Domenech a tenu son groupe, a pris des risques, parfois inconsidérés (Boumsong, Mandanda, encore lui) et, finalement, est encore en course avec son équipe pour voir l'Afrique du sud en juin 2010. Je dois dire que ça ressemble à un exploit, et, très honnêtement, je ne suis vraiment pas sûr qu'un autre technicien aurait fait mieux.

Y en a qui vont même affirmer sans rire que la Roumanie est un adversaire de seconde zone. Alors ou ces gens sont malhonnêtes, ou bien ils sont ignares, c'est soit l'un soit l'autre. La Roumanie n'est pas l'Italie ou l'Allemagne, mais c'est une nation majeure du football européen, et aucun pays, même les plus gros, ne va là-bas en se disant que les trois points, voire même un, sont assurés.

Par ailleurs, on parle de la défense centrale toute pourrie, et c'est vrai qu'elle est pourrie cette charnière. Mais quel défenseur central français, aujourd'hui, a du très haut niveau dans les jambes ? Gallas est blessé et tire la langue, Mexes, Boumsong ou Abidal n'y sont pas du tout... je vois vraiment pas ce que Deschamps aurait pu sortir comme miracle de son chapeau dans ces conditions.

Enfin, un dernier mot sur les sifflets qui ont couvert comme une Laam de fond (ah ah) la Marseillaise hier. Je ne sais pas si j'en ai déjà parlé ici, mais moi, la Marseillaise, perso, je ne la porte pas dans mon coeur. Et pourtant, je la connaissais par coeur à l'époque ou j'étais passionné par la Révolution. Dire qu'un texte qui prône d'égorger les étrangers, afin que leur sang impur abreuve les sillons de la France, représente les valeurs de notre pays... je suis désolé, mais pour moi ce texte est abject. Mais puisque ce n'est sans doute pas pour ça que la Marseillaise a été sifflée, je voudrais dire ceci : au lieu de pousser des cris d'orfraie, le gouvernement, et notamment le chef des chefs, Opportuniste Ier le Pieux, ferait mieux d'essayer de comprendre pourquoi sa jeunesse d'origine imigrée hait autant la France. Peut-être parce que celle-ci la traîte mal, à tout bout de champs et à tous les niveaux (économique, judiciaire, sociologique...). Mais si le gouvernement essayait d'analyser au lieu de sanctionner sans réfléchir, il ne serait pas de droité, héhé, forcément. C'est ça, être réactionnaire.

Mais après tout, la politique de ce gouvernement qui comporte, rappelons-le parce que c'est tellement énorme que c'est difficile de croire, un ministère de l'identité nationale - et non, même en le disant j'y arrive pas... -, cette politique, donc, colle pas mal avec le texte de la Marseillaise, non ?

Allez, bonnes journées.

samedi 11 octobre 2008

C'est la lutte demi-finale


Salut à tous,

Dans le football français, en ce moment, pas grand chose ne va. L'équipe de France est dans un creux générationnel, les clubs français sont quelconques en Coupe d'Europe, et en plus le PSG n'est pas relégable. C'est dire si le moral du supporter moyen est au plus bas.

Alors, quand on lui annonce que les footballeurs vont probablement faire grève, il est forcé de reprendre la même chose, Paul. Bah ouais, lui qui émarge à peine au-dessus du seuil de pauvreté grâce au Smic, imaginer que les "millionnaires" (qui doivent être cinq en Ligue 1, et par an, pas par mois, sachant que le salaire moyen en Ligue 1 est de 49 000 euros, mais passons) du foot veulent faire grève, ça le perturbe le supporter, et y a de quoi. La désinformation est toujours très forte quand elle est portée par la démagogie.

Le fait est que cette grève n'a absolument rien à voir avec l'argent, ils ne revendiquent évidemment pas d'augmentation ou des primes ou quoi ou qu'est-ce. Mais va dire ça au supporter lambda, complètement désinformé... Si tu demandes au premier type venu pourquoi les gens font grève, il va te répondre quoi ? Pour avoir des touillettes à la machine à café ? En plus, les joueurs ne sont pas seuls : les entraîneurs et les arbitres sont solidaires, et bien comme il faut. Et ils sont ou là, les millionnaires ?

Alors pourquoi cette grève ? Parce que les présidents de club vont faire un pusch, sans rien demander à personne. Vous savez, les mêmes présidents qui veulent entrer en bourse, avoir des droits télé importants et qui râlent quand leurs joueurs partent en sélection, même si ces derniers valorisent leur club. Au conseil d'administration de la Ligue, le gouvernement du foot français quoi, les présidents comptent 12 membres sur 25 (8 de Ligue 1, 3 de Ligue 2 et le président de l'UCPF, le syndicat des présidents, le MEDEF quoi). Fort démocratiquement, ils veulent tout simplement passer à 14, ce qui leur offrirait de facto la majorité. Un pusch que les autres familles du foot, celles qui font le jeu, qui le créent et le régulent, je le rappelle, vivent mal, on s'en doute.

Ce qui est extraordinaire, c'est que depuis que l'étandard de la grève a été agité, les présidents sont fous de rage, et démontrent qu'ils ont deux siècles de retard en matière de droit de grève, même si, depuis l'élection de Sarkozy, celui-ci est totalement dilué. Le président de Bordeaux bat le record du monde de démagogie en ironisant sur cette "grève de millionnaires" et assure qu'elle n'aura pas lieu, celui de Nice annonce que même avec les jeunes, Nice jouera, et que les grèvistes auront une retenue sur salaire de 25 % (!), tandis que les représentants de l'UNFP, le syndicat des joueurs, notamment l'exemplaire Sylvain Kastendeuch, sont refoulés au Mans, à Marseille ou à Saint-Etienne (ou Kastendeuch a joué, mais il n'est pas le premier ancien Vert à vivre cette humiliation). Pas grave, ils rencontreront les joueurs (qui semblent particulièrement réceptifs, et comment ne le seraient-ils pas ?) sur le parking du centre d'entraînement, mais ces faits sont particulièrement symptomatiques.

Enfin, quand Bernard Laporte leur donne raison mais leur demande de discuter, ce qui semble être un minimum quand on demande à des gens de céder des sièges et devenir minoritaire dans une instance, et de reporter leur demande de quatre années, ces chantres de la démocratie disent "ok, on va discuter mais on attendra pas et on le fera". Ah. Ok alors pourquoi discuter ?

Sous prétexte qu'à l'étranger, les présidents ont également la majorité, comme en Angleterre par exemple, on devrait faire la même connerie ici aussi. Mais regardez le résultat en Angleterre : tous les clubs sont en bourse, il me semble, ce qui semble assez risqué en ce moment, la moitié d'entre eux ont été rachetés par des fonds étrangers, notamment du golfe, en général très douteux, et qui font des chèques à huit zéros sans regarder à la dépense pour acheter des joueurs ; dans le même temps, la formation de jeunes joueurs anglais est complètement négligée, les joueurs anglais sont en minorité dans les clubs, avec pour résultat une sélection nationale tombée dans la deuxième division européenne... D'accord, ils gagnent des coupes d'Europe, mais moi je préfère ne pas les gagner et avoir des clubs sains et à visage humain, que l'inverse. Et tant que l'ambition mégalomaniaque des présidents sera contrôlée, ce sera le cas.

Voilà, sur ces bonnes paroles, je vous laisse.

jeudi 9 octobre 2008

Super Pato begins


La petite famille rentre de Bretagne.

Ils ne sont pas encore six, le dernier des quatre garçons naîtra un an plus tard, neuf ans après son plus jeune grand frère. Les trois gamins ne sont pas particulièrement turbulents. Enfin, pas tous. L'aîné, qui n'a qu'à que treize ans mais que les jambes déjà longues "obligent" - il aime ça, donc le sacrifice est relatif - à s'asseoir devant dans la voiture, à côté de son père, qui écluse les gitanes sans filtre comme son fils les tablettes de chocolat, déjà, est sage, il ne dit rien. Il n'est pas encore obèse, mais il se porte déjà bien.

La famille a amené le chien, Pato, un vieux cocker noir qui a la particularité d'avoir juste une petite boule de poils en guise de queue. Pato a un an de plus que l'aîné de la famille, et ça n'a évidemment pas la même importance pour un chien : pour un ado, c'est le début, le commencement, même s'il croit qu'il sait déjà tant.

Ce gamin, que tous ses professeurs ont annoncé comme brillant à des parents évidemment ravis, est inquiet : Pato, avec qui il a été élevé, à qui il a tiré sur les oreilles, les babines, les pattes, les poils, sans que le toutou ne rechigne jamais, Pato qui a été jusque là l'ami le plus fidèle qu'il ai jamais eu - en fait, le seul ami que ce garçon taciturne et solitaire ai jamais eu dans sa courte vie -, bref, Pato, le vieux cocker, n'a pas l'air bien.

Ce n'était encore qu'un chiot quand le blondinet est né. Ce dernier l'a torturé, lui a surement réservé ses premières paroles, ses premières histoires, ses premiers secrets. Mieux qu'un ours en pluche, mieux qu'un GI Joe, un chien, qui remue sa petite queue quand on s'apprête à le sortir, et qui ne protestera jamais du traîtement dictatorial que l'enfant lui soumettra à longueur de journées.

La famille s'arrête sur la route, il faut faire pisser et manger le chien. Les hommes ont également envie de signer leur passage, tandis que la mère reste stoïquement dans la voiture familiale, insensible au protocole tout à fait masculin du pipi debout dans les fourrés. Mais Pato, qui, comme tous les chiens, a toujours été un morfale, ne veut pas sortir de la voiture, d'ailleurs il n'a pas vraiment envie de bouger. Il regarde ses maîtres d'un air de dire "non mais sérieusement, vous avez pas autre chose à faire que venir m'emmerder ?" Un regard de vieux à qui on propose d'aller se ballader alors que tout ce qu'il veut, c'est regarder Drucker peinard. Ces jeunes et leurs lubies...

Le père, dont le mot "diplomatie" ne figure pas dans le vocabulaire, tire sur la laisse, et traîne le chien jusqu'à sa gamelle. Celui-ci dirige sa truffe vers la bouillasse qui lui sert de nourriture depuis deux septennats (il est né quelques jours après l'élection de Giscard) et regarde ailleurs, comme si on lui avait proposé de regarder un tableau de grand maître. Le garçon, qui ne comprends pas ce qui se passe, s'approche de son frère de couches et le pousse, prends le museau du chien et le plante dans la gamelle, en lui parlant doucement. Rien ne se passe, les babines restent closes, Pato n'a pas envie de manger. Tout simplement impossible, une première totalement inédite. Etrangement, s'il s'est traîné vers la gamelle, le retour vers la voiture le voit aller plus vite. Il a vraiment envie de se recoucher.

La petite famille arrive chez elle, un pavillon de banlieue près des champs du Vexin, ou le garçonnet, une douzaine d'années plus tard, invitera ses amis pour passer deux fois le réveillon. Les enfants descendent, emmènent les valises, et là le père dit : "j'emmène Pato au vétérinaire". Oui, le père ne parle pas Français comme un académicien, il parle Français comme un ouvrier qui travaille dans la même usine depuis l'âge de 17 ans. Autant dire qu'il ne cause jamais pour ne rien dire. Sauf pour blaguer, en soirées. Un humour un peu lourd, souvent scabreux, mais souvent efficace, dont l'enfant a d'ailleurs hérité, même si à l'époque il ne le sait pas encore, il ne va pas à des soirées. Il lui faudra attende encore cinq ans pour le découvrir. La seule différence, c'est qu'il n'a jamais eu besoin de trois verres de Ricard pour ça.

L'enfant monte dans sa chambre. A l'époque, pas de posters de footballeurs, il n'est pas encore dingue de foot, ce sport débile ou 22 crétins courrent après un ballon. Ca ne saurait tarder, deux ans plus tard il entamera ses premières stats, sur un coin de cahier, en maths probablement. Ses deux frères sont les stars du club local, dont les meilleurs éléments fréquenteront les centres de formation d'Auxerre, du PSG ou du Havre, sans résultat. Lui n'a jamais voulu. Difficile de faire un sport colletif quand on a une peur primaire des autres. En plus, il le sait parce que son père est président du club de foot, dans les vestiaires on se ballade tout nu entouré d'autres gens tout nus aussi, ça ne colle pas vraiment avec sa pudeur maladive, qu'il cachera par la suite avec l'humour décrit un peu plus haut.

Dans sa chambre, des papiers, des bouquins, des dessins, un véritable capharnaüm. Un grand poster ou toute l'histoire du monde est résumée en un tableau, devant lequel il passera des heures. Il n'a pas encore la télé mais il écoute la radio, et comme son poste fait enregistreur, il fait des cassettes avec des chansons, entre lesquelles il parle, de tout, de rien. Il fait des blagues, il parle de ce qu'il voit aux infos... mais là, il n'a pas envie de parler. Il s'asseoit par terre, contre son lit, comme il en a l'habitude. On est en août, mais lorsqu'il regarde par la fenêtre, l'oeil vide, le ciel est gris. Un peu facile comme rapprochement, n'empêche, ça colle vachement avec son état d'esprit du moment. Le garçon pense à son chien, sans savoir pourquoi. Il a un pressentiment, mais il ne sait pas lequel. Il a perdu son arrière-grand-père l'année d'avant, qui avait lui même perdu sa femme trois ans plus tôt, mais ça n'avait pas marqué l'enfant, qui n'était pas allé aux enterrements. Ses parents ont toujours tenu leurs enfants éloignés de tous les évènements malheureux.

Il guette le retour de son père, mais ne sait pas vraiment pourquoi. Pour tout dire, il fait tout pour ne pas trop y penser, comme il fera souvent par la suite avec les problèmes de la vie.

Quand son père revient, le garçon descends les escaliers mais évidemment, Pato n'est pas revenu. Le garçon éclate en sanglot et remonte en courant, suivi par ses deux frères. La phrase que le père leur jettera alors marquera à vie l'enfant, même si elles n'a rien d'exceptionnel, c'est le contexte qui la rendra marquante : "laissez-le tranquille, il a besoin d'être seul". Si le garçon s'en souviendra aussi longtemps, c'est peut-être aussi parce que ce genre d'attentions n'est pas fréquente chez son père, notamment avec ses enfants. Non pas qu'il les aime pas, il est comme ça, c'est tout. Il les laisse vivre émotionnellement, un traîtement qui conviendra finalement très bien au gamin. La mère, de son côté, est encore plus pudique que son ainé, qui ne la verra pleurer qu'à chaque fois qu'un de ses chats adorés décèdera.

Le gamin s'est enfermé dans sa grotte, et pleure. Puis, après un moment d'une durée indéterminée, il sort la tête de ses bras trempés de ses larmes, saisit une feuille de canson, un crayon papier, et dessine un case, en haut à gauche, en utilisant une boîte de CD comme règle. Des BD, il en fait depuis la maternelle, il a toujours fait ça. Par la suite, il arrêtera progressivement, puis définitivement après la fac, sans que cela lui manque vraiment. Il compensera par l'écriture... et par les amis aussi, ceux qu'il finira par avoir, avec l'âge. Plus besoin de monde imaginaire quand on a le réel enfin à disposition.

Cette fois ci, il dessine son chien, Pato, en super héros. Fort logiquement, le nouveau défenseur de la Veuve et de l'Orphelin s'appelle Super Pato, porte un masque, une cape, un gros P sur un torse musclé et des collants. Mais, malgré plusieurs aventures échevelées, son créateur ne lui fera jamais sauver le monde. Juste ceux qui l'entourent, ses maîtres par exemple. C'est un super héros familial, au sens propre du terme. Un ange gardien, en fait.

Si ça fait belle lurette que Super Pato n'a plus revêtu son costume de vengeur masqué, son créateur se souvient toujours de lui, et de sa naissance. Il en rêve même, des fois. Enfin, quand il se souvient de ses rêves, ce qui reste rare.

C'était juste un épiphénomène que tous les gamins du monde ont vécu, mais pris un par un, ces tranches de vie sont plus que des tournants, ce sont de véritables naissances.

dimanche 5 octobre 2008

Krach boum hue


Salut à tous,

Il ne vous aura pas échappé que dehors, c'est la crise. Chez vous je suis pas sûr mais apparemment, ça l'est. Mes cours d'histoire m'avaient appris que quand un krach survenait, on se retrouvait assez vite dans un bidon-ville, occupé à faire cuire la semelle de ses chaussures. Bon, c'est pas encore le cas manifestement, mais c'est toujours une des nombreuses possibilités que le futur nous réserve. On a tous un petit Chaplin qui sommeil en nous.

Mon avis n'est que celui de quelqu'un dont la seule culture économique se résume aux articles que je tente de lire jusqu'au bout sur le sujet, et aux infos forcément biaisées que les JT nous fournissent gracieusement. Donc si je dis une connerie, je vous prie de bien vouloir m'en faire part, merci à vous.

Y aurait beaucoup de choses à dire, évidemment. Le capitalisme sauvage a engendré des types dont le job était de jouer avec l'argent des autres, la spéculation quoi : ils ont bien fait la fête, encouragés par une sensation d'impunité que leur fournissait le modèle capitaliste, que personne, même à gauche, n'ose critiquer depuis des années. Si même les gens de gauche sont pour, pourquoi s'emmerder ? Ils se sont éclatés, mais quand il faut ramasser les cotillons, là... c'est toujours pareil : l'éclate aux puissants, les pots cassés pour les autres, les faibles, le peuple.

Ce qui me fait marrer aussi, c'est la leçon de politique - ou d'idéologie, peut-être - que nous donne cette crise : le capitalisme croyait pouvoir faire la fête comme il le voulait, foncer sans penser au mur qui se rapprochait dangereusement. Sauf que quand le choc a lieu, qui intervient ? L'ennemi de tout capitaliste qui se respecte, l'Etat. On se fout des Etats-Unis et de Sarkozy, qui se voient contraints de parler et d'agir comme les premiers Trotskistes venus. Elle doit bien rigoler la Chine, deux mois après la vitrine publicitaire énorme que lui a offert le CIO... La preuve qu'on ne peut pas jouer avec les gens et leur argent sans un minimum de contrôle de l'état, c'est impossible. Sarkozy a été un des chantres du capitalisme, il fait depuis de la publicité pour le retour de l'étatisme économique, c'est à se rouler par terre de rire. Est-ce que ce guignol a encore une once de crédibilité, aujourd'hui ?

Enfin, je me dis qu'on n'est quand même pas loin de la grosse merde. Enfin pas moi, parce que je n'ai aucune économie de côté, mais les autres, qui triment depuis des années, des décennies parfois, pour mettre de l'argent de côté, et se ménager une petite retraite sympa. Le gouvernement a beau répéter - je reconnais qu'il ne peut pas faire autrement, s'il dit "enlevez tous votre argent des banques, elles vont toutes sauter !" c'est sûr, elles vont sauter... - que nos banques sont à l'abri, la Belgique ou l'Allemagne ont déjà eu à mettre la main à la poche pour sauver des banques. Pourquoi pas nous, franchement ?

L'anarchiste qui sommeil en moi pourrait avoir hâte que tout saute, et qu'on puisse enfin reconstruire une société à visage humain. Mais pour être honnête, je ne suis pas si pressé que ça :p Parce que ça risque quand même de faire sacrément mal aux fesses. Et puis en 29, tout ce que la crise a généré c'est la deuxième guerre mondiale...

Bonnes journées quand même :p

jeudi 2 octobre 2008

Avant-garde


Il y a des gens qui mèlent courage et inventivité, qui ont un temps d'avance, qui se font évidemment dézinguer pour ça, et qui sont généralement reconnus un peu trop tard, genre après leur mort. Je pensais à Coluche par exemple, qui a apporté dans les émissions guindées et vieille France de Guy Lux ou des Carpentiers l'humour et l'accent de la rue, mais aussi la voix du peuple, notamment celui de gauche, qui n'avait plus la parole depuis mai 68, et avant depuis le Front Populaire. Il n'a par ailleurs jamais hésité à attaquer une classe politique sclérosée, et une France Giscardienne chlorophormée. Il en faudrait vraiment un en ce moment, de Coluche, parce que là ce n'est plus du chlorophorme qu'on respire, c'est du gaz Sarin... Dans un style totalement différent, j'ai déjà parlé ici de Louis XI, qui a rénové complètement la féodalité pour planter la graine de la France d'aujourd'hui. Celui-là, il n'a même pas eu la reconnaissance... pas une reconnaissance populaire en tous cas. Des places ou des écoles Louis XI vous en connaissez beaucoup vous ?

Charlemagne n'a pas inventé l'école, contrairement à ce que la grande historienne France Gall voulait nous faire croire, puisque ça existait déjà chez les Romains. En revanche, il a le premier eu l'idée d'une Europe unie et sans frontières... qui a vu le jour sous son règne, avant de se voir déchirée en morceau par ses successeurs, et la féodalité.

Dans le foot en France, y a eu Saint-Etienne, qui a été la première équipe française à mettre en avant la préparation physique dans un pays ou, comme souvent, on était, par excès de romantisme, en retard de 15 ans sur le reste de l'Europe. Une approche qui lui a permit d'exister en Coupe d'Europe, contrairement à ses concurrents de l'époque, qui ne passaient jamais les premiers retours malgré un niveau technique très honorable (Nantes, Marseille). S'ils ont été acclamés sur les Champs-Elysées en 1976, les Verts étaient auparavant critiqués, traîtés de bourrins, parce qu'ils étaient plus physiques qu'autre chose, que c'était quand même plus sympa de regarder un match de Nantes plutôt que des Verts. Un mec comme Rinus Michels a inventé le football total, c'est-à-dire le football d'aujourd'hui... c'était il y a bientôt 40 ans.

Y a d'autres secteurs de la société ou innover est quasiment interdit, et ou les avant-gardistes ne sont pas légion. Par exemple, en télé ou en politique. Difficile de tenter des trucs quand tu joues ta peau avec l'audimat ou l'électorat : dans ces cas-là, mieux vaut copier ce qui a marché avant, ou ce qui marche ailleurs. Dans le fond donc, on ne touche à rien. Sur la forme, en revanche... De Gaulle a compris avant les autres l'importance qu'aurait à l'avenir la télévision pour influer sur les foules, en généralisant les interventions télévisées pour annoncer parfois tout et n'importe quoi. Du moment qu'il passait à la télé... de même, Kennedy avait capté qu'en mettant en scène sa vie privée et en avant sa belle tronche, il mettrait une bonne partie de l'opinion, peu regardante sur le fond et un peu plus sur la forme, dans sa poche. On peut dire qu'aujourd'hui, un mec comme Sarkozy a parfaitement repris ces règles qui ne sont pas près d'être ringardisées. Il les a même amené à un niveau qu'on avait jamais vu dans ce pays...

Dans la chanson ou le cinéma, les inventeurs sont en revanche légion, et heureusement. A peu près autant que les copieurs... Björk a pas mal influencé la musique électronique, et Muse n'a pas fini de rejouer les albums de Radio Head... Quant à Gainsbourg, il a révolutionné la musique en France, voire au delà. Ses chansons influencent depuis 40 ans des centaines d'artistes qui n'arriveront pas plus haut que ses chevilles, malgré tous leurs efforts. Kubrick a, quant à lui, tout simplement dicté les nouvelles règles du cinéma, en l'espace de 10 films, tous aussi différents les uns que les autres. Il a rénové la science-fiction (2001, l'Odyssée de l'Espace), les films d'époque (Barry Lyndon), les films esthétisant la violence comme Fight Club (Orange Mecanique), les films parodiques (Docteur Folamour), les films de guerre (Full Metal Jacket), les films d'horreur (Shining)... Il est vraiment difficile de réellement estimer l'importance de son oeuvre dans le cinéma d'aujourd'hui.

En littérature, et donc indirectement dans le cinéma, J.R.R. Tolkkien a tout simplement créé de ses mains et de son cerveau génial l'Héroïc Fantasy. En réunissant les mythologies saxonnes et scandinaves, ce linguiste a créé un monde, son Histoire et ses langues. Oui, il a créé des langues ! La langue des Nains, la langue elfique, que certains fans absolus parlent couramment... Pas un truc d'Heroïc Fantasy sorti par la suite n'a pas été influencé par l'oeuvre de Tolkkien, tout simplement parce qu'il n'y avait RIEN avant ! Ca n'existait pas ! Quand j'y pense... le rêve. Vous imaginez ? Etre le créateur d'un style littéraire et cinématographique ? Ca donne le vertige...

Le monde est rempli de copieurs, notamment dans les maisons de disques, les boîtes de production télé ou les studios de cinéma. Mais ces visages pâles ne seraient rien sans ceux qui inventent, qui créent, ceux qui influencent sans forcément en avoir l'ambition à l'origine. C'est pour ça que j'aime Gainsbourg, Kubrick, Björk... leur travail a parfois pu sembler obscur, mais il ne faut pas s'y tromper, sans eux, on en serait encore aux Beatles (qui ont aussi inventé, mais après avoir longuement servi la même soupe que leurs collègues) dans le monde, et à Tino Rossi en France.

Je vous laisse !