lundi 14 avril 2008

Ba qui ? Koné pas

Bonjour à tous,

Pour mon anniversaire, mon pote D., qui va nous abandonner dans une poignée de semaines pour aller conquérir le Québec, m'a payé une place pour aller voir PSG-Nice, qui se déroulait hier soir. C'était bien sympa de sa part, d'abord parce que c'est cher, ensuite parce que ça faisait plus d'un an je pense que je n'étais pas allé au Parc. C'était surtout risqué : aller voir le PSG quand on en est supporter, c'est un peu comme aller en vacances à Beyrouth, c'est joli mais t'es jamais sûr de subir des évènements qui vont gâcher tes vacances.

Le Parc, c'est magique. D'abord, c'est le plus stade de France, même si ce n'est pas très difficile. Pour un stade vieux de 34 ans, c'est une belle performance. Ensuite, il est quasiment fermé : il y réside donc les soirs de match, en terme de résonnance, un son exceptionnel, qui tourne et vous cloue à votre siège, aussi inconfortable soit-il. Quand les 2 kops se répondent, c'est un peu comme quand les deux pans de la mer se referment sur les cavaliers de Ramsès II dans les
10 Commandements : un double fracas. Un choc à chaque réponse. Un régal. Moi, quand je suis là-bas, je ne me sens plus, je ne suis plus le type à côté de qui personne ne s'asseoit dans le RER parce que je prends une place et demie, je ne suis plus l'anti Sarkozyste notoire, favorable au Boycott des JO, je ne suis plus rien, je suis habité. Au Parc je suis une des gouttes du torrent, je crie, je dirige, comme un Chef qui dirigerait son orchestre devant la télé. D. a du halluciner, comme d'autres avant lui. Je ne suis pas spectateur comme la majorité des publics de stade en France, je participe physiquement. Je finis éprouvé, enroué... et dévasté quand le scénario se révèle trop cruel.

Le fait est qu'hier, avec D. on a assisté à un des grands matches de la saison, du moins sur le plan de l'intensité et surtout de son scénario. Un de ces scenarii (j'enlève l'accent, c'est Italien comme mot, enfin je crois) que l'on ressent toujours de façon très forte, mais dans des sens opposés, selon qu'on est supporter d'une équipe, de l'autre, ou qu'on soit spectateur neutre. De fait, même en tribune de presse, et même devant Canal, des spectateurs neutres il devait pas y en avoir des masses hier. Enfin, j'me comprends.

Paris entame bien son match. Certes, il y a des lacunes dans son jeu (manque de mouvement devant, dernière passe déficiente) mais Paris pousse, bouscule au courage une des meilleures défenses de Ligue 1, réputé pour son jeu de contres de qualité. Le piège est tendu, et va vite se refermer sur des Parisiens offensifs mais terriblement maladroits, à l'image du jeune Chantôme qui, j'en suis sûr, jouera un grand rôle dans la remontée en 2009, au mieux...

Relais de Laslandes - 2e meilleur buteur de l'histoire de la Ligue 1 en activité, pas très loin derrière... Pauleta - pour Koné, qui trompe Landreau. En début de match j'avais dit à D. qu'il fallait se méfier de Laslandes, qui ne court plus et marque encore moins mais qui compense par une intelligence de jeu phénoménale, qui fait de lui le véritable cerveau de cette équipe. Ca a pas loupé. Comme d'hab, Paris ne le mérite pas mais Paris est mené. Ca fait toujours aussi mal, après plusieurs mois d'abstinence de Parc des Princes, de voir les joueurs adverses fêter leur but au Parc. C'est ce qui fait sans doute le plus mal. C'est un peu comme si vous invitiez des gens chez vous et qu'ils faisaient la fête autour de la table parce que vous leur avez servi est très mauvais. Ca vexe, vous avez envie de leur dire "vous avez été élevé chez les Sarkozy ou quoi ?"

On atteint donc la mi-temps sur ce score particulièrement injuste. Après avoir vu, à la pause, deux équipes de gamins réussir en 5 minutes ce que les 2 équipes adultes n'avaient pas réussi avant en 9 fois plus de temps - mais avec des défenseurs pour les empêcher, quand même-, on assiste à un bon retour des Parisiens, qui égalisent par Luyindula, que je ne croyais plus capable de ne se créer ne serait-ce qu'une occasion dans le reste de sa carrière. C'est toujours terrible de voir un joueur au passé si exceptionnel (à Strasbourg et à Lyon) se traîner comme s'il avait récupéré les jambes de son grand oncle. Là il ne marque pas un but à la Luyindula, mais on ne lui en veut pas. Bien au contraire. Et c'est Pedro qui provoque ce but, Pedro, notre idole à tous. Saint-Pedro, maintenez-nous.

Tient, justement, à un quart d'heure de la fin, l'Aigle déploit ses ailes pour tromper le sosie de Pierre Palmade, accessoirement futur gardien des Bleus - plus que Manbanda, idole des rédactions sportives de ce pays -, Hugo Lloris. 2-1 ! Incroyable, que c'est bon ! Que c'est bon ! Ca va tenir, c'est pas possible ! On va se maintenir, c'est sur ! On ne peut pas marquer 2 buts à cette équipe de Nice sans gagner, ce ne serait pas moral.

Les secondes sont comme des années, les minutes comme des siècles. Nice se met enfin à pousser, et rate une 1e occasion par Koné, qu'on ne voyait plus depuis son but. Mais la défense parisienne, si au point depuis le début du match, et sensé être le point fort de l'équipe, va se ridiculiser dans les 10 dernières minutes. La faute à la sortie de Rothen sur blessure à l'heure de jeu. D'abord parce que son remplaçant, Souza, qui a par ailleurs fait plutôt une bonne entrée, est un milieu droit ou axial, pas un milieu gauche, ce qui va ouvrir des brêches dans ce couloir, d'ou viendront les 2 buts assassins. Ensuite parce qu'avec sa sortie, le lien avec les 3 (!) attaquants s'était singulièrement réduit, au point de disparaître. Nice est aux manettes.

Koné va se balader dans la défense et tromper Landreau, juste sous nos yeux. J'était pile dans la trajectoire de son tir, avant même qu'il rentre y avait déjà but. Notons, pour augmenter le taux d'ironie dans ce match, que Koné, auteur de 12 buts cette saison, n'avait encore jamais marqué à l'extérieur... il y a des gens qui choisissent leurs matches. Ederson, le futur Lyonnais, qui avait raté un penalty face à Lille le week-end dernier et qui était critiqué pour avoir un peu trop la tête dans le Rhône, va l'imiter, après voir éliminé Yepes et Armand. Yepes qui faisait un match de malade derrière jusque là, repoussant tout, taclant quand il fallait. Un roc. Qui ne fut plus qu'un plot, un pantin désarticulé comme l'a souligné mon collègue de Sport24 Vincent Duchesne dans son compte-rendu. Les Niçois s'imposent, et mon coeur est brisé, je suis effondré. Je vois le défenseur niçois Apam, à l'autre bout du terrain, se mettre à genou et remercier son Dieu, quelqu'il soit. Ce qui tendrait à prouver que soit Dieu, comme le reste de sa création, n'aime pas le PSG, ou plus simplement qu'il n'existe pas, pas plus que ses collègues, plus occupés à nous envoyer de la neige ou de la grêle en plein mois d'avril plutôt que de s'occuper du Tibet ou de la crise alimentaire en Afrique.

D'habitude, quand on sort du Parc après une défaite, on entends parmi la foule des cris de colères, de déception, des analyses tactiques à l'emporte-pièce, on réclame la tête de l'entraîneur. Là, rien. Est-ce parce qu'on était en tribune Paris, et pas dans un des virages ? Les supporters, habitués depuis 2 ans au bas de tableau, semblent résignés à la descente. Et je les comprends, on y va tout droit. "On", parce que s'ils descendent, je m'abonne, et j'irai ptet même les défendre à Vannes, Châteauroux ou Niort. Histoire de voir du pays. On y va tout droit parce que du club des 4 menacés (Paris, Lens, Strasbourg et Toulouse), on était les seuls à recevoir. Lens et Strasbourg ont perdu, mais à l'extérieur, ça compte nettement moins. Pour se maintenir, le mieux est de faire le plein à domicile, ça devait suffir, avec 44 points c'était dans la poche. On n'avait pas le droit de perdre, et on ne méritait pas de perdre. Surtout pas comme ça.

Désolé pour ce nouveau post de foot, je comprends bien que ça ennuie les gens dans le pays le moins footballistique à l'est du Colorado, mais moi en ce moment, entre les problèmes de mon club chéri, et le boulot qui me prends beaucoup de temps et qui tourne QUE autour de ce sport qui passionne tant de gens dans le monde, et qui est capable de réunir plus de 160 000 spectateurs en 2 demi-finales de Coupe d'Angleterre, à Wembley (rappelons les têtes d'affiches : Portsmouth, seul club de Premier League, Barnsley, Cardiff et West Bromwich Albion), bref avec tout ça, difficile de penser à autre chose.

Dernière chose, la banderole vue dans le virage Auteuil, juste au moment de la reprise du match : "Démagogie, désinformation, hypocrisie, sensationnalisme, antiparisianisme: bienvenue chez les médias".

Je ne peux que souscrire à deux mains avec ce constat.

Bonnes journées quand même.

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